Une envie de douceur

Depuis que nous vivons à Tallinn, et d’une manière assez paradoxale puisque ça aurait tout de même été plus facile et plus pratique avant, nous passons la plupart de nos vacances aux quatre coins de la France. Ainsi pour les vacances d’hiver nous avons loué un petit appartement dans le Marais et avons profité d’une semaine parfaitement parisienne loin de notre petite chérie qui elle était choyée pendant ce temps-là par ses grand-parents. Voir Paavo Järvi à la tête de l’orchestre symphonique de la NHK dans la nouvelle salle de la philharmonie de Paris a été un moment fort de ce voyage. Pour lui, c’était une occasion d’y revenir après avoir inauguré la salle le 14 janvier 2015, pour nous de le revoir encore une fois à Paris, un peu hors temps et de l’espace comme si nous nous trouvions dans un monde parallèle qui aurait pu être mais qui n’est pas. Sur le chemin nous nous sommes même arrêtés dans un bar à vin ou nous avions donné rendez-vous à un ami, chose assez extraordinaire car cela ne nous arrive jamais à la maison. Croissant ou baguette fraîche et confiture d’abricots au petit-déjeuner, un repas léger dans un des nombreux bistrots du quartier à midi (au Temps des cerises par exemple), les après-midi à flâner au marché des enfants rouges ou encore dans les petits cinémas un peu obscurs pour voir le Your name de Makoto Shinkai et un autre film français parfaitement oubliable, des soirées entre amis qui se terminaient alors que les premiers métros avaient déjà débuté leur longue journée. Il y a aussi eu un brunch tout simple, des œufs sur le plat, du saumon fumé, des avocats, du bacon, des éclairs à la fleur de cerisier fabriqués par les très talentueux doigts de T., plein de mômes dans tous les sens, des amis encore et de la famille.

Pour Pâques, nous avons mis le cap sur le Sud en passant par Lyon. Je ne tenterai même pas de décrire la richesse de la scène culinaire lyonnaise en quelques lignes mais tout de même un déjeuner de fruits de mer aux halles Paul Bocuse, d’innombrables tartes à la praline rose de chez Jocteur, sans parler d’exquis plats vietnamiens préparés par ma belle-sœur encore plus savoureux que sur place si j’osais le dire. Nous ne nous y sommes attardés que quelques jours afin de continuer vers le Lubéron et plus précisément vers le minuscule village de Rustrel où une somptueuse villa nous attendait – au Coin des amis. La semaine fut venteuse, ensoleillée, délicieuse, magnifique. Cette fois-ci la petite Irène nous accompagnait et s’est révélée comme un compagnon de voyage parfaitement acceptable si toutefois on cédait à quelques-uns de ses souhaits comme courir après chaque chat aperçu dans la rue, la nourrir uniquement de risottos sinon la laisser dévorer nos plats à nous, et procéder à une sieste de deux heures tous les jours. Nos amis, ces deux tontons de prêt ont eu l’amabilité de prétendre adorer tout cela et j’ai envie de dire qu’ils ne feignaient pas complètement.

Cet été en revanche nous cherchions la fraîcheur et nous avons donc jeté notre dévolu sur la Bourgogne, notamment la campagne profonde, le nord et l’ouest. Nous avons logé au Pigeonnier Colbert tenue par la famille Roy, un endroit exceptionnel en tout point. Il n’y manquait rien, ni la bibliothèque alourdie par le poids de vieux recueils de classiques français, ni le salon avec un douillet coin cheminée, ni les œufs frais qui attendaient sagement d’être dégustés à la coque au petit-déjeuner. La salle de bain-ancienne tour de pigeons que Colbert aurait entretenus pour être informé en temps et en heure du moindre agissement de ses sujets vaut en soi le déplacement. Et je ne parle même pas du jacuzzi en plein air, du Kitchenaid jaune poussin et des chevaux dans la prairie, ni d’ailleurs des pâtisseries et du pain de nos hôtes – c’était aussi beau que délicieux. Beaune nous a beaucoup plu mais aussi Chablis, Bourges, Chavignol (oh les crottins frais de Dubois-Boulay). Nous n’avons évidemment pas su résister à la tentation de nous procurer quelques caisses de Pouilly-Fumé et de Sancerre qu’on a stockées à Paris, faute de pouvoir les transporter à Tallinn dans nos bagages.

Notre passage à Brest chez mes beaux-parents a été plutôt mouvementé cette fois-ci dû à quelques désagréments (deux jours d’hospitalisation pour Irène à cause d’une crise d’asthme viral et un vol de documents de voyage ainsi que de cartes bancaires, rien de mieux pour démarrer les vacances, n’est-ce pas ;). Il me semble cependant que nous nous en sortons plus soudés qu’avant ayant appris à mieux se cerner les uns et les autres dans des circonstances que nous n’avons pas forcément choisies. C’était aussi l’occasion de se faire une cure de fruits de mer de tous genres mais surtout pêchés localement. Les araignées de mer, les homards du Conquet, les huîtres et j’en passe. C’est aussi à Brest que nous avons fêté les 40 ans de mon amour, à Hinoki. Allez-y, c’est exceptionnel, même si c’est la seule et unique raison de votre présence en ces lieux.

A notre retour à Tallinn nous avons été accueillis par une marée de fruits rouges et de girolles, d’immenses melons et pastèques d’Ouzbékistan, des cornichons à de différents stades de maturation et une fraîcheur déjà automnale. Irène a deux ans, elle va à l’école. Le matin, seule dans ma cuisine et toujours nostalgique de ce pays que nous avons quitté il y a deux ans maintenant, je rêve pour elle une enfance douce, embaumée d’odeurs de beurre fondant et de cardamome, saupoudrée de sucre perle et dégustée au goûter avec un verre de lait. J’aimerais qu’elle connaisse les deux, le porridge d’avoine et le pain au chocolat, le gâteau au fromage blanc et l’éclair au café, le pain de viande et le steak « bleu ». Ah si seulement elle acceptait de manger des morceaux et tout ce petit monde succulent serait à elle ! En toute modération, cela va sans dire. Bientôt, sûrement plus vite que je le voudrais.

C’est peut-être pour cela que je suis à ma quatrième brioche en moins de deux semaines et on ne s’en lasse pas. Malgré quelques timides tentatives précédentes je n’ai jamais vraiment réussi à me familiariser avec la levure fraîche et en règle générale, tout ce qui touche à la pâtisserie ou à la boulangerie me remplit d’une humilité mêlée de crainte. Je ne sais pas vraiment ce qui a pu changer, sûrement ma façon d’approcher ce sujet intimidant mais pour la première fois j’ai vaguement l’impression de savoir ce que je fais. Pour les trois premières j’ai tenté de suivre encore une fois scrupuleusement la recette de base de Christophe Felder tirée de Pâtisserie et malgré quelques moments d’inattention j’y suis arrivée plutôt pas mal. Le résultat était riche en beurre, aéré, avec une très légère pointe de salinité, vraiment parfait au petit-déjeuner ou en dessert pour contrebalancer le sucré de la confiture ou des pâtes à tartiner.

Pour la quatrième cependant j’avais envie d’essayer quelque chose de plus léger et je me suis fortement inspirée du blog de Fanny Like a Strawberry milk dont je suis fidèle lectrice depuis des années.Celle-ci est effectivement moins chargée en beurre, plus légère et la pousse a été beaucoup plus impressionnante que pour les trois premières. J’utilise un robot Kitchenaid qui facilite grandement le pétrissage. Il faut toutefois noter que si on se tient aux quantités indiquées ci-dessous il faudrait probablement arrêter le pétrissage de temps en temps et l’aider d’un coup de spatule pour que tous les ingrédients soient vraiment bien incorporés. Je n’ai pas eu ce problème en doublant les quantités pour confectionner quelques roulés à la cardamome.

Pour la pâte

250 g de farine
35 g de sucre
3 oeufs
80 g de beurre
85 g de lait
10 g de levure fraîche
Une pincée de sel
1 oeuf pour dorer

La marche à suivre

Sortez les ingrédients à l’avance de sorte de pouvoir les utiliser à température ambiante.

Mettez dans la cuve de votre robot la farine, le sucre, le sel et la levure sans que cette dernière ne touche ni au sel ou ni au sucre. Ajoutez les œufs et le lait et à l’aide du crochet pétrisseur, pétrissez à vitesse lente approximativement 5 minutes jusqu’à l’obtention d’une pâte homogène. J’avoue avoir ajouté une ou deux cuillères à soupe de farine une première fois car elle me paraissait un peu trop liquide, cela étant dit, un 5ème essai n’en a pas eu besoin. Ajoutez ensuite le beurre morceau par morceau et continuez le pétrissage d’abord à vitesse lente et ensuite à vitesse moyenne pendant une dizaine de minutes. Cela peut prendre quelques minutes de plus si vous avez conservé les quantités indiquées, si en revanche vous faites la double dose 10 minutes devraient suffire.

Laissez la pâte reposer dans la cuve du robot sous un torchon propre à température ambiante jusqu’à ce qu’elle double de volume. Chez moi je compte 1h30 – 2h.

Beurrez le moule à brioche et farinez légèrement le plan de travail. Sortez la pâte sur le plan de travail et formez-en un rectangle sans trop la travailler. Coupez le rectangle en 4 morceaux identiques, formez-en délicatement des boules et déposez-les dans le moule. Couvrez le tout du film alimentaire et laissez reposer encore 1h30 ou jusqu’à ce que la pâte double de volume.

Faites-chauffer le four à 170°C, chaleur tournante. A l’aide des ciseaux que vous auriez trempés dans l’eau froide pour éviter que la pâte colle, effectuez une incision au milieu de chaque quart de sorte à obtenir 8 petites boules similaires. Dorez-les avec l’œuf et enfournez pour une vingtaine de minutes. Vérifiez de temps en temps la cuisson car chaque four a ses petites particularités.

Sortie du four, laissez votre brioche tiédir un peu, démoulez-la et laissez-la refroidir sur une grille de pâtisserie. De toute évidence, c’est le premier jour qu’elle est la meilleure alors que toute la maison est encore remplie du parfum du pain fraîchement cuit. Hélas, chez nous, nous ne sommes que deux à en manger pour des raisons expliquées ci-dessus. Nous conservons donc nos brioches dans un sac en papier et les deux premiers jours nous les mangeons telles quelles. A partir du troisième jour nous les gardons au frigidaire et nous les faisons légèrement griller au grille-pain avant de les déguster avec du beurre aux cristaux de sel et à la confiture de myrtilles pour moi ou au caramel beurre salé pour Guillaume.

Un mariage vietnamien

kbqsovzrusn5gcdwijpma_thumb_2e39 Je suis arrivée quand la fête battait déjà son plein. Le chauffeur a eu un peu de mal à trouver l’adresse gribouillée pour moi sur un post-it par mon beau-père et pourtant il n’avait qu’à se laisser guider par le rythme entêtant des basses qui faisait vibrer le quartier entier. Les parents de Phuong avaient bloqué la petite rue menant à leur maison et y ont fait dresser une tente rouge et blanche. Sous cette tente se trouvaient les invités, seulement la famille et quelques amis, une bonne trentaine de personnes ainsi que les tables dressées pour le repas, les musiciens et deux énormes haut-parleurs qui rivalisaient entre eux à qui pourrait émettre le plus de bruit. Ce soir-là nous avons mangé des crevettes sautées aux épices, de la soupe très légèrement gluante et de petits flans sucrés. Une quantité innombrable de canettes de bière locale ont été vidées et puis abandonnées joyeusement sous les tables. Tout le monde a chanté au micro, à commencer par les parents de la mariée et ses nombreux cousins. Des chansons françaises, des chansons vietnamiennes, des chansons d’amour, de tout.

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ylzg7ssqruytayq0cq07mq_thumb_2e6fLe lendemain c’était une toute autre ambiance. Séance de coiffure à l’hôtel, les photos, un petit-déjeuner composé essentiellement de fruits et avalé à la va vite. Phuong et Alex étaient vêtus de somptueux costumes traditionnels vietnamiens et nous autres, nous avons tenté d’avoir l’air le plus chic possible dans cette matinée déjà humide et bien trop chaude. Nous sommes tous retournés en voitures décorées chez les parents de Phuong où un cortège a été formé pour parcourir les quelques mètres qui séparaient leur maison de la grande rue et ceci sous les yeux curieux des voisins et de quelques poules égarées. S’en est suivie une courte cérémonie bouddhiste et la présentation des cadeaux à la mariée comme il se doit dans la tradition vietnamienne.
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mnvdygyrtrmfbnc9onga_thumb_2e6a48gcbbdsmpbjjowuu2sa_thumb_2e62vpl66lptgutoydrs29z2w_thumb_2e33Dans l’après-midi nous nous sommes retrouvés presque à huis clos à l’hôtel à cinq avec Phuong, Alexandre et mes beaux-parents pour porter un verre (de champagne bien sûr !) au bonheur des mariés. Il fallait traduire le discours français en anglais pour que Phuong puisse le traduire à son tour en vietnamien, rhabiller tout le monde, refaire la coiffure de la mariée, réussir un double noeud de cravate pour le marié ce qui fut un effort de longue haleine couronné d’un succès relatif. Dans la bagarre, il y a eu entre autres un cours donné sur le comment accrocher et fermer correctement des boutons de manchettes – toute une science qui se perd.
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La salle de fêtes se trouvait au bord du fleuve dans un immense bâtiment du style vietnamien entouré d’un jardin aux lampadaires et de petits ponts ombragés. Les 300 invités ont commencé à se rassembler vers 16 heures, salués tous avec une poignée de main par les parents et les mariés. Je ne saurais comment décrire exactement ce qui s’est passé par la suite mais il y a eu des danseuses traditionnelles, des discours, du faux champagne rose et fumant, des pétards et des ballons roses et blancs, des chansons interprétées par les invités, des plats exotiques (tel les chips d’arêtes de poisson) et de la bière et encore de la bière. A 19 heures c’était fini, il n’y avait plus qu’à balayer les canettes vides dans d’immenses sacs poubelle et à conduire les plus tenaces dans le bar karaoké continuer la soirée.
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Le lendemain après une brève visite du marché à Hue je suis retournée à Hanoï chercher le reflet évanescent d’une ville d’un autre temps aux silhouettes fragiles de belles sortant le soir pour aller retrouver leurs galants. J’ai été accueillie par un flux constant et indifférent de scooters et de marchands ambulants, de troquets et de commerces de tous genres envahissant les trottoirs et par une pluie tenace. Pour ne pas faire du tort à cette ville, je dois dire que j’avais le coeur à toute autre chose. Ma petite famille à moi était restée à Tallinn à quelques milliers de kilomètres, je voyais Irène dans chaque bébé qui passait, perché sur la moto et serré entre son papa et sa maman, chaque couple que je croisais ne me faisait que languir encore plus de ce qui m’était ôté pour un temps bien que court.
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w3n85hzctzszah3pfvrow_thumb_2ee8Ce n’était qu’une fois sortie de Hanoï, au bord de la baie de Hao Long que j’ai pu retrouver un semblant de sérénité. Pour y aller, j’ai partagé un mini-bus avec une petite famille d’origine asiatique, probablement vietnamienne, un couple fraîchement marié d’américains et une mère qui voyageait avec son fils trentenaire. Aucune liaison rien qu’éphémère n’a été tissée lors de cette croisière et c’est peut-être la raison pour laquelle je l’ai trouvée particulièrement apaisante. Cela étant dit, ma curiosité m’a fait imaginer toutes sortes d’histoires concernant mes co-passagers et plutôt dans le verve de Woody Allen.
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uyox1axythsivbe1qin1qa_thumb_2f16Dans le cohue du départ je n’avais pas pensé ni au maillot de bain ni aux shorts. J’ai dû donc faire l’impasse sur le canoë-kayak ainsi que la baignade dans les eaux, d’ailleurs plus grises qu’émeraude, de la baie mais après le dîner et les tours de passe-passe du barman je suis montée sur le pont et j’y suis restée longtemps admirer la nuit, captive de mes pensées errantes.

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abwfc1tfgcy35oomqmw_thumb_2f64De retour à Hanoï pour une deuxième fois je me suis laissée emporter par la ville. Je me suis promenée dans les rues nocturnes, j’ai mangé chez Madame Hien tout à fait par hasard, un monument colonialiste par son essence si on en cherchait et pourtant honteusement agréable dans ce monde déboussolant. Les magasins fermaient après dix heures du soir, même les petits, surtout les petits. Evidemment, Irène a été gâtée – impossible de ne pas céder à l’appel d’une robe de fêtes en laine grise et au tutu blanc, ou encore d’un haut avec une petite souris ou … enfin. Nous avons atterri à Tallinn sous la neige. Depuis il fait autour du zéro à -5. Autant dire que c’est la pleine saison de bouillons de poules et de petits pains à la cannelle.
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Fondamentalement je suis d’avis que les voyages entrainent de la fatigue, de l’ennui et peut-être  quelques découvertes heureuses. Malgré cela et de façon complètement inexplicable alors que j’aime par dessus tout ma maison douillette il m’est impossible de réprimer l’envie de partir. Ce voyage-ci je dois l’admettre a été particulièrement enrichissant et pénible à la fois. Le hasard semblait m’avoir pris en grippe pour une raison inconnue et m’a fait voyager seule et sans bagages tout en multipliant par deux la durée des trajets les plus longs sans mentionner les désagréments mineurs. Et pourtant, ou plutôt grâce à toutes ces complications accumulées, de retour je me sens tel un Marco Polo des temps modernes. J’ai vu tellement de choses en ces quatre jours et qu’elles soient positives ou négatives est entièrement secondaire. Le mariage évidemment a été un moment très fort et émotionnel. Voir se réaliser le bonheur de deux personnes qui ont dû traverser tant de difficultés pour y parvenir est une expérience tellement rare et absolument exceptionnelle. Une nouvelle vie s’ouvrent à eux dans tous les sens du terme et plus encore pour Phuong qui quittent son pays afin de s’installer en France. Bienvenue Phuong, nous vous souhaitons à tous les deux tout le bonheur du monde.
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Au Japon

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Le Japon m’a toujours fascinée et pendant longtemps je l’ai sûrement idéalisé comme on peut idéaliser un pays qu’on ne connaît que grâce aux cartes postales, ou dans mon cas, grâce aux livres, aux films et aux animes. Mes premiers voyages n’ont fait que confirmer cette fascination. Je ne sais par quel moyen j’ai réussi à demeurer aveugle à l’extrême densité de population et au manque d’espace drastique, au consumérisme immodéré, au goût discutable pour tout ce qui est mignon ou qui brille ou les deux à la fois. Cela ne veut surtout pas dire que je n’y ai pas connu mon lot de mésaventures et de frustrations mais j’y suis toujours retournée avec de l’enthousiasme et l’envie d’en savoir plus.

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Les saisons s’y reflètent dans l’assiette et dans les couleurs portées par par les jeunes demoiselles en yukata. Je pourrais me perdre dans la contemplation de tous ces petits mondes de beauté et de sérénité qu’on découvre à l’improviste au détour d’une rue bordée d’affreux immeubles et de poteaux électriques ou au 2ème sous-sol d’un supermarché. Le petit chemin ombragé, parsemé de pierres moussues et de quelques feuilles rouges qui mène jusqu’au salon de thé caché du bruit et des regards indiscrets. La fleur fraîchement cueillie qui vient égayer l’assiette de poisson cru ou la feuille d’érable en automne, les minuscules jardins au coeur des demeures où l’emplacement de chaque grain de sable est longuement prémédité et inchangé depuis dix générations. Le pays entier est un manifeste constant au soin apporté aux objets, à l’espace, à l’autre. Ainsi la laideur banale des banlieues se trouve toujours interrompue par un pot de fleur posté sous la fenêtre ou par un minuscule autel bouddhiste entretenu avec le plus grand soin.

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Cet été, la chaleur était accablante. Atsui ne disaient les vieilles dames en souriant poliment, munies d’éventails aux couleurs passées, d’ombrelles et de toute une panoplie de gants et de guêtres afin d’éviter d’exposer leur peau au moindre rayon de soleil. Nous inclinions la tête et répondions par un petit sourire de connivence pour signaler notre accord. Et en effet, on se sentait écrasés par cet atmosphère chargé d’humidité, de chaleur et du chant incessant des cigales.

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Malgré cela et sans tenir compte des conseils amicaux de l’employé de JR, nous avons décidé de nous rendre de Magome à Tsumago à pied alors qu’un car climatisé aurait pu nous y déposer en quelques 20 minutes. Cette étape de 8 km de l’ancienne route postale nous a fait traverser des plaines de rizières et des forêts où il était conseillé de sonner la clochette pour ne pas tomber nez à nez avec un ours. Au tournant de la route, nous avons découvert un vieux moulin à eau, dans un minuscule village des prunes étaient en train de sécher dans des panier, assurément destinées à être conservées sous forme d’umeboshis.

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Une jeune fille en habits de ferme nous attendait à la gare de Sakakami pour nous accompagner en voiture aux village de Tanekura tout en haut de la colline, entouré de forêts et de ruisseaux. Le village compte une quinzaine, peut-être une vingtaine de fermes traditionnelles et plus que huit familles. On y cultive du riz, du sarrasin, du gingembre et une multitude d’autres légumes feuillus que je ne saurais nommer. Nos chambres se trouvaient à l’étage d’une vieille maison d’habitation. En bas, un foyer ouvert, une salle à manger, les bains. Un couple japonais est arrivé un plus tard et a été installé dans une chambre à l’opposé des nôtres, une jeune famille avec des enfants semblait séjourner dans une bâtisse avoisinante, nous les avons vus plus tard dans la soirée.

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Le dîner nous a été servi au même moment qu’aux autres par l’employée de la taverne, habillée joliment dans une yukata aux couleurs sobres. Composé essentiellement si ce n’est uniquement de légumes et de céréales locaux ainsi que de plantes sauvages, le repas fut une véritable découverte gustative. Les sushis aux gingembre frais, les tempuras de verdures et de champignons, le sarrasin sous toutes ses formes. Le lendemain matin le maître de soba nous a gentiment initié à son art (car en le regardant travailler, à l’entendre parler du chat, du renard et de l’ours, à le voir former des fleurs avec sa boule de pâte, on ne peut pas appeler son métier autrement). 13 ans il faut pour parvenir à la maîtrise.

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Le tour de vélo long de trois heures s’annonçait mal. Il faisait plus chaud que jamais cet après-midi à Hida Furukawa et le fait même d’exister exigeait de nous un effort monumental. Tatsu, notre guide semblait pourtant imperturbable dans sa bonne humeur et son enthousiasme. Nous nous sommes arrêtés souvent pour boire de l’eau de source et pour écouter ses explications abondantes concernant la vie locale et les traditions. Vous savez, à Tokyo, j’ai toujours fermé ma porte à clé. Ici, jamais. En rentrant, je trouve souvent un panier de légumes laissé par un inconnu bienveillant. Voyez-vous, cette source a été découverte sur une propriété privé. Eh bien, les propriétaires ont décidé de la rendre accessible à tous et maintenant les gens viennent de loin pour remplir leur réservoirs d’eau. Regardez cette vaste demeure. Elle a plus de 150 ans et dans le temps on y produisait de la soie. Quand sa propriétaire actuelle nous quittera, elle sera probablement sur le marché pour le prix d’une voiture. De son sac à dos il sortait tantôt un album de photo pour illustrer ses paroles, tantôt des échantillons de riz, tantôt du thé froid et des gâteau pour le goûter.

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Il était déjà 17h30 passé et nous nous précipitions comme des centaine d’autres tokyoïtes vers la sortie du metro. Dehors, une vague de fans habillés en couleurs de leurs équipes préférés nous submergeait. Sur les trottoir les petits stands éphémères proposaient de la bière fraîche en canette, des takoyaki, du mais grillé, des panures et des fritures en veux-tu voilà. Nous étions placé dans le camp des hirondelles, Tokyo Yakult Swallows qui affrontait ce soir la légendaire équipe de Yomiuri Giants (l’équipe favorite du professeur dans la Formule préférée du professeur de Yoko Ogawa, me dit G.). J’étais évidemment pour les Swallows, les autres pour les Giants. A ma gauche, un papy avec sa fille d’une 50ne d’année respirait au rythme du match. Il avait le fan kit entier dans son sac, les quilles, le parapluie etc et il partageait avec insistance ses reliques de fervent supporter de longue date avec nous. De temps en temps il sortait une boite en plastique et des baguettes pour avaler quelque morceaux de poulet pané ou d’autres friandises.

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La maison à Kyoto se trouvait au fond d’une étroite ruelle à Furukawacho, dans la partie de la ville qui se situe à l’est de la rivière Kamo, au nord de Gion. Notre chauffeur, n’étant pas sûr de l’emplacement et ne voulant surtout pas abandonner trois innocents touristes dans le jungle qu’est Kyoto, nous a gardé précieusement dans sa voiture jusqu’à l’arrivé du gérant de la société qui s’occupe de la location des machiya. Les tatamis y sentaient encore frais, la minuscule cuisine comprenait entre autres un cuiseur de riz, le café et le thé étaient soigneusement sélectionnés. Un stand de takoyaki se trouvait à la sortie de la station de métro la plus proche et un autre de gyoza à peine 100 mètres plus loin.

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Nous sommes sortis vers 19 heures sous un ciel menaçant. Les premières gouttes sont tombées 15 minutes plus tard et encore quelques 10 minutes plus tard il pleuvait des cordes. Nous voulions remonter la rivière et essayer de trouver un endroit surélevé pour admirer les caractères chinois allumés aux flancs des montagnes tout autour de la ville. Patiemment nous avons attendu sous une pluie battante. 20h ont sonné et nous ne pouvions même plus distinguer les contours des montagnes dans la pluie. C’était le 16 août et nous n’avons rien vu. Sur le chemin de retour nous avons découvert une ville métamorphosée en un gigantesque réseaux de ruisseaux et de cours d’eau. Ce soir nous avons dîné dans un petit izakaya du quartier serrés entre deux copines d’un âge respectable qui avaient visiblement un faible pour le shochu coupé à l’eau et un homme solitaire et taciturne.

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Un petit miracle s’est produit lors de notre trajet de retour et nous nous sommes trouvés pour la première fois surclassés en business. C’est un peu honteusement et avec un plaisir non-dissimulé que j’ai commandé une coupe de champagne avant même de décoller et que j’ai minutieusement étudié la carte avant d’effectuer mon choix de plats. Vous le savez déjà mais il y a de la place pour les jambes, pour les magazines, pour un oreiller. Il est même possible de s’allonger complètement ce que j’ai fait un peu plus tard pour rattraper quelques heures de sommeil, ou encore de bouquiner confortablement ce que j’ai également fait. J’ai beaucoup aimé les Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar.

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