Des champignons et des pancakes

La première neige est tombée il y a une dizaine de jours mais depuis il fait plus doux. Ces dernières semaines ont été marquées par beaucoup de travail pour moi mais aussi pour mon cher et tendre. La fin d’un semestre est toujours une période agitée à l’école et ce mois d’octobre n’a pas dérogé à la règle. La fatigue n’aidant pas, il n’a pas toujours été facile de trouver l’énergie et la volonté nécessaires pour se bouger les WE mais nous avons quand même réussi à faire deux ou trois sorties sympathiques.
Après une longue et fastidieuse controverse légale, un nouveau restaurant a ouvert ses portes il y a quelques mois à Kadriorg nommé Mantel & Korsten. Ce nom lui vient de la forme de sa cheminée très particulière. Nous y avons dîné avec deux amis et une petite demoiselle de trois ans bien fatiguée et ronchonne un soir de forte affluence. Bien que les circonstances ne fussent franchement pas favorables, au final nous avons passé une très belle soirée et surtout, les plats étaient tous appréciés (bien que longuement désirés – soirée de fêtes d’anniversaires oblige). Sur demande, Irène a eu des pâtes à la crème et au fromage très rapidement par contre et elle les a dégustées avec une appréciation évidente. J’ai opté pour ma part pour la poitrine d’oie et son strudel pomme-chou rouge malgré une légère appréhension quant à l’ajout du chou mais je n’ai pas eu à regretter mon choix. Ce goût de viande accompagnée de fruits me vient de mon enfance et plus précisément des repas de Noël pour lesquels maman enfournait toujours un gigantesque rôti de porc et l’accompagnait de boudin noir et de pommes au four farcies de noisettes et de raisins. Un goût que pour mon plus grand regret je n’ai pas encore réussi à transmettre à mon chéri. Quant à notre oie de chez Mantel & Korsten, elle était tendre et goûteuse, parfaitement équilibrée par le pas du tout trop sucré strudel. La mousse au foie gras que nous avons partagée en entrée s’est également avérée topissime. Petite mention spéciale pour le pain généreusement distribué tout au long du repas, une ciabatta sûrement faite maison et particulièrement savoureuse.
Il y a trois semaines, un vendredi après midi nous avons pris notre courage à deux mains et après avoir préparé deux thermos de soupe aux petits pois et une boîte de fruits et de chocolats au lait, nous sommes montées dans la vieille mini bleue direction les lacs de Jussi. Mon objectif n’était pas particulièrement ambitieux – ramasser quelques feuilles et branches pour décorer un tant soit peu notre intérieur de couleurs automnales et parcourir un piste de découverte de quelques 4 ou 5 kilomètres tout en défiant la météo qui s’annonçait plus que capricieuse.
Ce jour-là je portais des bottes en caoutchouc, une parka imperméabilisée et en dessous un pullover et une doudoune légère. Une fois dans la forêt, je ne pouvais que me féliciter de ce choix de plusieurs couches car nous avons en effet été accueillis par une pluie fine et tenace et un petit vent parfaitement coriace. Cependant, plus nous avancions dans la forêt, moins le froid se faisait ressentir et très rapidement nous avons été emportés par l’émerveillement devant les petites découvertes que nous faisions. Ici une lisière entièrement couverte de lichen façon forêt hantée, là un observatoire pour les amateurs ornithologues. En un rien de temps mon panier s’est rempli de feuilles de fougères et de myrtilles aux couleurs d’automne et d’autres petites trouvailles. Guillaume en revanche avaient aperçu quelques champignons et ne levait plus ses yeux du sous-bois. Et il faut le dire, c’était spectaculaire. Très vite on s’est aperçu qu’on ne pouvait pas faire deux pas sans tomber sur une russule ou un cèpe ou un peu plus loin encore, un champ de girolles. Hors de question d’abandonner un tel trésor.

Si vous cherchez de l’inspiration pour vos promenades dans les forêts : RMK – les randonnées et découvertes

Ce soir-là nous avons dîné d’un risotto aux girolles car pour moi c’est sans conteste le plat de champignons qui fait le mieux ressortir la saveur à la fois douce et intense de ces petites merveilles, encore meilleur si lesdites girolles ont été cueillies par nos petits soins à nous. Le lendemain matin en revanche je me suis levée un peu plus tôt que les autres pour préparer des pancakes à base d’un autre ingrédient symbolisant l’automne – la pomme. Mes parents ont quelques cinq ou six vénérables pommiers dans leur verger qui tous les ans croulent sous une quantité effrayante de fruits de variétés différentes. Ils en font du jus et des tartes et moi des quatre quarts et des crumbles. Et pour Irène, maman prépare toujours de nombreux petits pots de taille variable de compote toute simple et à peine sucrée ou carrément sans sucre. C’est justement cette compote-là que j’ai utilisée pour réaliser mes pancakes.
Vous pouvez préparer la compote vous-même ou utiliser de la compote toute faite mais il ne faudrait pas oublier que sa consistance et son goût peuvent varier et il serait donc judicieux d’adapter les quantités des autres ingrédients par rapport à cela.

Deuxièmement, vous pouvez préparer les ingrédients secs et liquides à l’avance mais ne les mélangez qu’au dernier moment car sinon le bicarbonate de soude et la levure risquent de ne plus faire d’effet. De même, montez les blancs d’oeufs et incorporez-les à la pâte le plus tard possible. C’est un inconvénient (bruyant, si vous vous servez d’un batteur électrique comme moi!) mais nécessaire afin d’obtenir des pancakes dodus et bien levés.


 

Des pancakes pour 3 et un peu pour le goûter

2 oeufs
150 g de yaourt grecque
150 g de compote de pomme
200 g de farine
100 ml de lait entier
30 g de sucre de canne
1 c. à c. de levure chimique
1 c. à c. de bicarbonate de soude
Une pincée de sel
De l’huile de colza ou de tournesol pour la cuisson

Mélangez la farine, le sel, la levure et la bicarbonate de soude et réservez.

Séparez les blancs d’oeufs des jaunes. Dans un grand bol, ajoutez le sucre au jaunes et fouettez jusqu’à ce que le mélange blanchisse. Ajoutez la compote et le yaourt. Incorporez ensuite la préparation de farine et mélangez bien. Ajoutez du lait au fur et à mesure jusqu’à obtention de la consistance souhaitée – c’est-à-dire que la pâte doit être suffisamment liquide pour qu’on puisse la verser dans la poêle à l’aide d’une petite louche et assez épaisse pour tenir et former des pancakes agréables.

Faites chauffer votre poêle. J’ai une plaque à induction qui va de 1 à 9 et je jongle entre force 4 et 5. Une poêle trop chaude risque de cramer vos pancakes tout en laissant la pâte crue au milieu et trop froide… eh bien la cuisson prendra une éternité et fera sûrement sécher inutilement la pâte. Par ailleurs, depuis peu je me sers d’une petite poêle en fonte – elle est juste parfaite, ne colle pas (ma plus grande crainte), chauffe vite et de façon uniforme et garde longtemps la chaleur.

Maintenant que tout est prêt, montez les blancs en neige et incorporez-les à la pâte au dernier moment. Huilez la poêle, testez si elle est bien chaude et c’est parti.

Servez les pancakes avec de la confiture, de la pâte à tartiner, du sirop d’érable, parsemés de sucre glace ou tels quels. Conservez les au frais, filmés ou dans une boîte hermétique et au goûter ou au petit-déjeuner du lendemain matin chauffez-les sur le gril du four.

Corée du Sud, du 27 avril au 12 mai 2018

Séoul

Le trajet de l’aéroport jusqu’à la station centrale de Seoul se fit sans encombre. J’avais bien pris le soin de tout calculer méticuleusement avant le départ. Munis de nos bentos respectifs par ailleurs bien plus modérément relevés que les plats servis dans l’avion, nous nous sommes installés à la gare et avons attendu patiemment le départ de notre train qui devait nous amener vers le sud-ouest du pays à Jeoung-eup, dans la région de Jeollanam-do afin de nous rendre au temple de Baekyangsa voir la d’ores et déjà célèbre Jeong-Kwan et assister à ses cours de cuisine.

Baekyangsa

De Jeoung-eup un car devait nous amener jusqu’au temple pour le début de notre retraite mais nous avons réussi à le localiser bien trop tardivement pour espérer y être à l’heure. C’est en taxi que nous avons terminé ce premier bout de voyage ce qui finalement nous a plutôt bien réussi. Le chauffeur nous a très aimablement déposés au pied du temple alors que l’arrêt des cars se trouvait à quelque 40 minutes de marche à pied et n’a pas oublié de nous laisser sa carte de visite. Pour repartir, c’est évidemment à lui que nous avons fait appel ce qui nous a valu une petite visite des routes montagneuses avec moultes explications détaillées en coréen, traduites par une dame, en visite comme nous et rencontrée sur place, originaire de Corée.

Baekyangsa

La soirée a été tout à fait mémorable. Pour situer ce temple, imaginez un endroit isolé dans un pays fait de brume et de nuages, entouré de montagnes pas tellement hautes, luxuriant, l’air rempli des bruits de la nature et du chant des oiseaux. Un ruisseau, des bâtiments en bois fort joliment décorés et peints en couleurs vives. Du rouge, du vert, du bleu et des centaines de lanternes qui illuminaient le tout le soir venu pour célébrer le début de la belle saison.

Baekyangsa et Jeong-Kwan

Nous avons pu observer Jeong-Kwan en train d’expliquer les fondements de sa cuisine (mais finalement et surtout sa façon d’appréhender le monde), de sélectionner les feuilles et les légumes pour le repas du soir, de les préparer, laver, couper, frire… En coréen certes, l’interprète officiel ayant fait ses bagages la veille mais c’était malgré tout tout à fait charmant. Le point culminant de la soirée a été naturellement le repas, étonnant de fraîcheur de et saveurs méconnues de nous, composé d’une dizaine de plats différents. C’était bien sûr de la cuisine du temple, sans viande, cela va sans dire. Pour clore cette rencontre mémorable, une séance de médiation très puissante (je ne trouve pas d’autres termes pour la décrire car enfin cette activité n’a rien à voir avec une somnolence tranquille qu’on a tendance à associer au mot ‘méditer’) nous a été proposée et explicitée.

Baekyangsa et la pluie matinale

Les chambres étaient ce qu’il y a de plus simple, munies néanmoins d’une salle de bain privative, un luxe parfaitement inattendu et d’autant plus salutaire. On a dormi par terre sur une fine couverture (chose dérangeante pour certains d’entre nous) et on s’est réveillés tôt, très tôt pour s’imprégner des coutumes des lieux. Prière à 5h, suivie encore une fois d’une séance de méditation dans une salle ouverte à la nature et au soleil levant. Or, ce matin-là il pleuvait des cordes et le bruit des gouttes d’eau sur le toit, les feuilles, la terre en argile nous a entourés et nous a bercés alors que le petit matin pointait le bout de son nez.

Baekyangsa

Le petit-déjeuner composé de riz, de soupe, de légumes et de feuilles en tous genres a été pris dans une grande salle commune. Plus tard nous avons eu la possibilité d’assister à une séance de tai chi et nous nous sommes sentis impressionnés, perdus, inaptes mais pleins d’espoir et de pensées positives. Notre séjour au temple a été court, nous sommes repartis dans l’après-midi en direction de l’ancienne capitale du royaume de Silla – Gyeongju dans le sud-est du pays. En taxi donc jusqu’à Jeong-eup et de là en train d’abord à Osong et ensuite à Daegu. Pour plus de confort et de flexibilité nous avons opté pour une location de voiture à la gare KTX de Daegu et malgré quelques appréhensions nous n’avons rencontré aucune difficulté. Il faudrait cependant se munir d’une bonne dose de tolérance et de vigilance car la conduite en Corée du Sud est assez fantaisiste et les feux rouges ne correspondent pas forcément à ce qu’on pourrait croire.

Gyeongju

De Gyeongju je retiens surtout ces anciennes tombes royales qui forment un doux paysage de coupoles verdoyantes, les nombreuses jeunes filles et garçons habillés en vêtements traditionnels qu’on pouvait louer dans des échoppes spécialisées, une certaine difficulté à s’alimenter après 19h30 le soir et les fameux pains de Quongju impossible à rater.

Yangdong

Grâce à la voiture nous avons pu visiter plusieurs sites dans les alentours tel le village traditionnel de Yangdong qui avec Hahoe fait partie du patrimoine mondial de l’Unesco. Il n’a pas été évident de le dénicher et après avoir erré dans quelques hameaux agricoles tout ce qu’il y a de plus banals nous avons même failli faire demi-tour. Et puis heureusement non car Yangdong a été pour moi une des plus belles découvertes du voyage. En arrivant on pourrait croire qu’il s’agit d’un tout petit village qui se limite à son unique ruelle sinueuse laquelle se perd à peine une centaine de mètre plus loin dans les collines. Il n’en est rien car une fois arrivé en haut, une vue se dégage sur un autre bout de village et derrière le tournant encore sur un autre et un autre. Pendant deux heures nous nous sommes promenés dans ses rues anciennes bordés de murets relativement bas qui délimitaient les propriétés, nous avons admiré les formes élégantes des écoles confuciennes, nous nous sommes émerveillés de l’activité agricole toujours très présente. C’est la faim qui nous a finalement fait quitter les lieux et nous n’avons pas tout vu.

Gampo

Ce jour-là nous avons déjeuné dans une minuscule ville portuaire dont l’activité principale est la pêche. Gampo n’est certes pas l’endroit le plus pittoresque que vous puissiez trouver dans ce pays, ni le plus vivant, ni le plus moderne et si vous n’avez pas à le traverser pour une raison ou pour une autre, il est tout à fait dispensable d’y mettre le pied. Nous avions cependant suivi notre guide qui nous conseillait y déguster un plat de poisson cru et effectivement une ville de pêche semblait bien s’y prêter. Pour tout dire, le poisson s’est avéré délicieux, d’une fraîcheur incomparable (devant chaque restaurant, et il y en avait un certain nombre, se dressaient plusieurs aquariums remplis de poissons et de coquillages de toutes sortes et tailles) et servi avec générosité. Hélas, sur une table basse couverte d’un morceau de plastique et accompagné du hululement féroce du vent dans les conduits d’aération du local. En sortant, deux serveuses accoudées à la fenêtre nous accompagnaient d’un regard las et terne. Cela étant, ce petit bourg abrite une des meilleures pâtisseries qu’il nous a été donné de croiser (en jugeant par la qualité des mochis et des gâteaux au fromage frais du moins). Si vous la cherchez, elle se trouve dans une des rues sortant de la place du marché, on l’aperçoit de loin.

Bulguksa

A faire encore dans le coin et nous avons aimé. Visiter le temple de Bulguksa – imposant, joliment entretenu, les escaliers en pierre sont d’origine – chose rare car le pays entier semble avoir subi un pillage sans faille de la part des envahisseurs variés.

Le mont Namsan

Le mont Namsan et ses randonnées. Une excellente surprise. Malheureusement nous n’avions pas suffisamment de temps pour tout voir, pour grimper partout, pour envahir tous les sommets, découvrir tous les bouddhas cachés. De plus, notre équipement était plus que rudimentaire pour l’expédition à laquelle nous ne nous attendions pas (tennis aux pieds et une bouteille d’eau, pas de carte détaillée bien sûr) mais c’était un moment très agréable malgré tout. Et très calme, pour toute compagnie, nous avons croisé un moine dans le salon de thé en bas de la montagne (de façon très surprenant très moderne où on pouvait déguster un macha latte accompagné d’une part de tiramisu comme si de rien n’était) et un autre randonneur au début de notre ascension qui lui descendait déjà.

Le célèbre pain de Gyeongju – il y en a deux différents en réalité, farcis à la pâte de haricots rouges. A manger sans tarder, chaud même, ça ne se conserve que quelques 3 ou 4 jours, un peu plus au frigidaire. De toute façon, impossible de les rater, il y a des points de ventes à chaque coin de rue.

Un plat de poulet à déguster sur le marché d’Andong dans une des innombrables échoppes spécialisés. Très savoureux et copieux, la plus petite portion nourrit amplement 4 personnes et reste plus qu’abordable. Il s’agit bien des étals sur le marché et de ce fait il ne faut pas s’attendre à trop de chichi.

Hahoe

Hahoe – l’autre village folklorique et toujours habité. Niché à une bonne demie heure de route de Andong et isolé, c’est un petit village très paisible et joliment restauré mais ô combien touristique. Nous y avons loué une maison à toit de chaume traditionnelle pour la nuit. La barrière de la langue n’aidant pas et malgré mes demandes répétées je n’ai pas réussi à obtenir un dîner sur place et ce soir-là encore nous avons trompé notre faim avec des chips aux crevettes et autres cacahouètes (y compris de la pâtisserie française venant directement de chez Mammoth d’Andong). Le matin en revanche nous avons pu pleinement profiter d’un petit-déjeuner occidental, très bon et servi en terrasse privative, seul le va-et-vient effréné des hirondelles ayant choisi de faire leurs nids dans les toits pour nous distraire.

Ici je dois quand même préciser que dans les plus petites villes et villages et cela malgré certaines précautions et une détermination sans faille, nous avons dû nous avouer vaincus à plusieurs reprises et avons fini par commander une pizza (très à la mode) ou par dévaliser le premier magasin ouvert 24h sur 24 pour pouvoir manger quoi que ce soit en guise de dîner. Les restaurants ferment souvent à 19h30 voire plus tôt en réalité. Certains sont fermés les lundis, certains les mardis. Enfin, il faut se renseigner au mieux et accepter de manger tôt ce qui n’est pas tellement un problème car il y a le décalage horaire et de toute façon, il fait nuit de bonne heure.

Palais royal à Séoul

Nous voilà déjà à Seoul où nous avons passé les deux derniers jours de notre voyage. C’est une très grande ville. Sans blague. En contraste absolu avec le calme des temples et la pauvreté de certaines régions du sud, pour le reste du pays je ne sais pas. Nous avons fait l’erreur d’essayer d’y circuler en taxi, ce fut un calvaire, la circulation est extrêmement intense. Il vaut mieux tenter le métro, notre expérience a été plus que concluante, le métro étant bien plus rapide et facilement domptable.

Dahmsojung – notre hanoi

Cette fois-ci encore j’avais choisi de dormir dans un hanok traditionnel dans ce qu’on pourrait sans trop se tromper il me semble appeler la vieille ville de Seoul à Bukchon Hanok. Nous avons été accueillis très chaleureusement par les propriétaires de Dahmsojung et le séjour y a été des plus agréable. C’est un hanok superbe, décoré avec beaucoup de goût, dans un quartier historique qui regorge de cafés et de restaurants, de boutiques et de musées. Je n’aurais pas pu mieux tomber. D’ailleurs, une des plus grandes attractions touristiques de la ville, le palais royal, se trouve à peine à 15 minutes à pied. Le palais, bien que reconstruit est tout simplement splendide. Envahi par les touristes évidemment mais si vous avez un peu de courage et vous vous aventurez dans les coins un peu plus reculés du parc, vous aurez sûrement la chance d’y découvrir de très beaux bâtiments sans croiser âme qui vive.

Barbecue à deux endroits différents

A Séoul nous avons enfin pu profiter pleinement du barbecue coréen tant vanté qu’on déguste ici en buvant de la bière ou du soju ou de la bière mélangéz au soju. A Mapple Tree House de Samcheong notre voisin de table nous a d’ailleurs offert une démonstration éclatante du comment s’y prendre. Vous vous servez un demi verre de bière, vous y ajoutez ce qu’il faut de soju (ce n’est pas très fort, vous pouvez y aller). Ensuite vous prenez une de vos baguettes métalliques, vous le plantez droit dans votre verre et vous le maintenez fermement (très important, sinon vous risquez de faire valser votre breuvage et d’arroser vos voisins… spectacle compris dans la démonstration) d’une main. Avec l’autre, vous attrapez la seconde baguette et vous la frappez d’un coup sec contre la première. Miracle, des bulles apparaissent dans le verre et la boisson se met à mousser agréablement. Aussi simple que cela.

Salon de thé au palais royal

Enfin, vous apprécierez la gentillesse des Coréens et serez quelque peu étonnés par le sérieux qu’ils conservent en toute occasion. La profusion de feuilles vertes servies à tous les repas vous enthousiasmera, vous en laisserez la moitié d’abord, et la totalité à la fin. L’application profonde des jeunes gens de Gangnam quand ils vous préparent votre espresso vous laissera pantois et vous serez prêts à jurer que c’est le meilleur café, Italie confondue, que vous ayez jamais dégusté. Vous auriez envie de dire que c’est aussi kawai que le Japon et aussi bruyant que la Chine sans peut-être connaître ni l’un ni l’autre et vous vous retiendrez car cela ne ferait que relever au monde entier vos propres limites. Si malgré toutes les merveilles orientales une vague de nostalgie vous frappait de plein fouet vous n’auriez qu’à faire halte à la première boulangerie où vous trouveriez entre autres curiosités tout ce qu’il faut pour vous faire oublier les milliers de kilomètres qui vous séparent de votre douce maison – il faut dire que les Coréens nourrissent une véritable passion pour la pâtisserie occidentale, peut-être à un degré encore plus élevé que les japonais si pour terminer ce récit j’osais cette comparaison.

La vieille ville à Séoul

Grèce II – l’île d’Hydra

Le lendemain matin nous partons à l’aube au port du Pirée bien que le départ de notre brave Flying Dolphin ne soit pas prévu avant 9h30. Une fois n’est coutume, nous préférons jouer la carte de la précaution, prendre en compte les avertissements de notre très bavard et assez malheureux chauffeur de la veille selon qui le matin, c’est de la folie pure dans les rues athéniennes.  Ainsi nous partons avec une heure et demie d’avance pour nous rendre compte qu’il fallait à peine 15 minutes pour couvrir le trajet entre l’appartement et le port. Nous n’avons d’autre choix que de faire passer le temps. Après un court moment d’hésitation et de regards échangés, on s’installe dans le seul et unique café ouvert et commandons nos pitas aux épinards et au chocolat, bien grasses et paradoxalement réconfortants. Les pitas, mais finalement l’ambiance intemporelle du café ainsi que ses habitués me rappellent vaguement une autre époque, celle de mon enfance, les pirochki dégoulinant de graisse, une décor vieillot déjà à l’époque, la peinture écaillée, les papys moustachus aux pantalons difformes.


Alors, quoi qu’on vous dise sur le confort et la stabilité du Flying Doplhin, ne vous y fiez pas. Il tangue à la vue de la moindre vague, se cabre, s’immerge jusqu’aux hublots dès que l’occasion se présente et émet une odeur de mazout absolument étouffante. Ce n’est que hasard et miracle si nous ayons pu accoster sains et saufs au port d’Hydra après 90 minutes de terreur et de prières pour ma part et de calme (feint, j’en suis certaine) légèrement moqueur pour lui.

Nous débarquons donc sur cette île mystérieuse où nulle voiture ne roulera et l’unique moyen de se faire transporter sera à dos d’ânes (ou de mules, la question restera ouverte). Nous préférons à pied surtout que le descriptif de l’hôtel me permet de croire qu’il se trouve à 200 mètres du port. Un coup d’œil sur la carte et nous nous enfonçons dans l’indescriptible réseau de venelles et d’escaliers, accompagnés du doux bruit de nos valises de 20 kilos roulant sur les pavés. On monte, on descend, on esquive quelques crottes (car oui, qui dit ânes, ou mules… même si c’est très propre), on perd l’espoir, on vérifie. En repartant plus tard en ville pour dîner nous découvrirons évidemment qu’une rue large de 5 mètres rejoint directement l’hôtel à partir du port, aucun escalier, à peine deux crottes.

Iannis, un jeune homme dynamique et plein à craquer d’un rire retentissant nous attend et nous explique tout ce qu’il faut savoir. Surtout que c’est un ancien manoir qui appartient à la même famille depuis 1810 (on émet tous les deux un petit bruit admiratif et sincère), qu’il a été transformé en hôtel en 2013 par deux frères qui vivent à Athènes et dont un est professeur et l’autre médecin. Il nous sert des cerises aigres, faites maison par la maman. Ni mes compliments ni mes supplications n’y changent rien, pas de vente de cette petite merveille ni de recette.

L’ensemble est très chic, rempli d’antiquités, moderne là où il faut c’est-à-dire côté salle de bain où je suis particulièrement ravie de découvrir toute une gamme de produits Korres, une marque de cosmétiques organiques grecque dont m’a parlé ma copine Ülle avant le départ comme d’un must. L’hôtel est doté de deux terrasses, l’une orientée vers la ville mais nous ne profiterons malheureusement pas de celle-ci car les soirées sont malgré la latitude fraîches en ce début novembre, et d’une autre qui s’ouvre sur les cours intérieures et les collines les surplombant où nous prendrons par la suite tous nos petits-déjeuners. Pas de surprise, ces derniers seront riches et savoureux et les cerises aigres (plutôt sucrées enfin de compte) seront de la partie pour mon grand plaisir pour accompagner un bol de yaourt.

 

Que faire sur cette île habitée par les ânes (ou les mules) et les chats et où les rues sont bordées d’orangers croulant sous les fruits ? Oui, les orangers m’impressionnent toujours autant bien que je sois au courant depuis mon tout premier voyage en Espagne il y une dizaine d’années. Pour une fille du nord ça restera toujours le summum de l’exotisme, ainsi que les pêchers dans les vergers en France et les grenades (les fruits, pour qu’il n’y ait pas de quiproquo) qui s’explosent au sommet des arbres. Nous y passerons trois jours et malgré le relativement peu d’activité n’aurons pas le temps de nous’ennuyer.. Un autre rythme de vie s’impose à nous tout naturellement. Plus lent, plus dolent, plus rêveur. J’en oublie même de vérifier mon compte Instagram, mon courriel, mon emploi du temps des semaines à venir.

Iannis nous a tout gentiment prodigué des conseils sur les promenades à effectuer et les quelques rares restaurants encore ouverts en cette arrière-saison. C’est en nous fiant à lui que nous prendrons notre tout premier déjeuner insulaire dans une taverne familiale, Paradosiako, la même qui après de nombreux tests s’avèrera avoir la meilleure taramosalata et la meilleure aubergine fumée de la Grèce (talonnée de près par celle de ManiMani mais j’y reviendrai). Crevés par nos aventures matinales et par les repas sûrement plus riches que ce dont nous avons l’habitude, nous décidons de retourner à l’hôtel pour lire et nous reposer. En route nous passerons par la fameuse fabrique artisanale de gâteaux aux amandes Tsangaris (depuis 1930) que nous ne manquerons pas de goûter. Il faut dire que je trouve leurs baklavas également excellents au point où je me vois contrainte d’y retourner chaque après-midi. Douillettement installés dans notre lit et munis chacun d’un livre (moi en l’occurrence du dernier tome des aventures du pharmacien Meclhior par Indrek Hargla) nous finissons par nous endormir pour ne se réveiller qu’à l’heure de l’apéritif.

Au cours de ces trois jours nous aurons l’occasion de tester presque tous les restaurants et tavernes encore ouverts. J’en garderai deux finalement. Le tout premier car… taramosalata et aubergine fumée et Kodylenia’s que nous découvrirons le deuxième jour au cours de notre promenade côtière (le sentier à droite en sortant de la ville). Le restaurant se situe à peine à une quinzaine de minutes du port et peut se vanter d’une magnifique terrasse avec vue sur le petit port de pêche . Ce jour-là il fait très beau. Bien abrités du vent, nous laissons tomber nos vestes et gilets et profitons pleinement de toute cette vitamine D offerte gracieusement par la météo hellénique. Nous y prenons comme d’habitude de la taramosalata, une salade verte et du poisson grillé (pêche du jour) accompagnés d’un pichet de vin blanc frais et fruité servi selon la coutume dans un gobelet en métal couleur cuivre. Un moment paradisiaque pour ceux qui ont déjà connu la première neige à la maison.

Lors de notre séjour nous ferons une autre promenade, un peu plus sportive celle-ci. En faisant confiance à Iannis, sur ce qu’on imagine être un sentier de randonnée et qui devrait au bout de 4 km et quelques 550 m de dénivelé positif nous amener voir un monastère. Malgré les indications, nous nous perdons rapidement à l’orée de la ville. Plus de chemin, plus de sentier, un vieux fermier avec son cheval passe et son chien aboie de méfiance en nous voyant. Nous tentons un passage à travers les collines et la végétation rêche pour nous rendre compte de l’impossibilité de localiser notre destination en se fiant uniquement a une vague idée de l’endroit où celle-ci pourrait se trouver (les fils électriques convergent bien par-là, non ?). Nous revenons sur nos pas, examinons la dernière flèche et ses alentours et débouchons finalement sur un semblant de sentier qui nous permet de rejoindre le joli chemin pavé et menant au monastère. Evidemment, le vrai chemin passait juste à côté, derrière la petite église, nous le voyons bien au retour.

Peu de promeneurs, nous profitons du calme et de vues superbes sur la ville d’Ydra et sur le port. La montée n’est pas particulièrement difficile, ombragée par des pins majestueux mais malgré tout nous transpirons tous les deux en arrivant devant le portail. A l’intérieur des murs blancs et pas âme qui vive, le soleil brille, nos voix résonnent dans la cour dépouillée. Un prêtre passe plus tard avec des mules, il les abreuve, les nettoie surement. En sortant je laisse un billet dans la caisse pour les travaux de rénovation contre un sachet de tisane aux boutons de rose sauvage.

Le déluge s’abat sur nous le matin de notre départ. Sous un ciel couvert nous profitons des derniers moments pour prendre quelques photos et faire des achats. Les premières gouttes tombent et très rapidement la ville se transforme en terrain de jeu pour les torrents d’eau en provenance des montagnes. Les rues sont impraticables, l’eau arrive à la cheville et bientôt plus haut. Je vois un gentleman enlever ses chaussures en cuir pour tenter une traversée, nos propres tennis sont déjà irréversiblement trempés. Le vent se lève, je crains de monter au bord du Flying Dolphin mais une fois installée, je m’endors immédiatement et je ne me réveille que de retour à Athènes.

Nous nous offrons une dernière soirée gourmande à commencer par un passage à Heteroclito suivi d’un dîner à ManiMani. Il avait réservé la table et en effet, le restaurant est complet ce samedi soir, à peine une table se libère qu’elle est immédiatement dressée et presque aussitôt investie par de nouveaux clients. Nous ne résistons évidemment pas à l’appel d’une dernière taramosalata en guise d’entrée et nous faisons bien car ici elle est vraiment excellente, plus fine que sur Hydra, plus parfumée. La présentation des plats est soignée, pleine de couleurs, graphique. Mon filet mignon me plait bien mais son canard davantage, il partage cet avis. La viande est tendre, parfumée, riche, une explosion de textures et d’arômes. Et les desserts, décadents, suaves, doux, ils nous donnent l’envie de nous plonger dedans. Nous sortons repus et satisfaits, déterminés à revenir.