L’Italie ou une folie d’asperges

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L’Italie et la France. Deux pays absolument magnifiques et si riches, si riches. L’Italie fabuleuse et imprévisible et Paris, ma foi, Paris reste Paris malgré les circonstances.

Le voyage en soi a été chaotique et même exaspérant par moments. Un peu comme si nous nous trainions d’un écueil dans l’autre – à peine une première catastrophe absorbée que voilà sa copine qui pointe le bout de son nez. Pour préserver un semblant de légèreté sur ces pages je vais vous épargner la description minutieuse de nos péripéties mais disons juste que nous devons une fière chandelle à cette jeune famille inconnue qui a eu la l’excellente idée d’oublier une poussette parapluie rouge pétante à l’hôtel où nous séjournions. Elle nous a bien servi pendant les quatre premiers jours au bord des lacs alors que les roues habituelles d’Irène, ou notre « char d’assaut » comme on l’appelle avec beaucoup d’affection, était retenu dans un entrepôt poussiéreux quelque part à CDG. Il y a eu des embouteillages à ne plus finir, des explosions à Bruxelles (que mon papa-chéri visitait pour la première fois de sa vie), une querelle à l’agence de location de voiture, un virus intempestif ramassé le dernier jour du voyage, toujours présent, il y a eu… Enfin, vous voyez.

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Mais alors l’Italie. L’Italie ! Le soleil, les terrasses de café à midi et les verres de franciacorta (un vin pétillant, plus fin que le prosecco – jusqu’à il y un mois j’ignorais encore tout de son existence), les églises dorées-roses-de marbre, les routes étroites et sinueuses sur les berges des lacs où on se faisait systématiquement klaxonner par les locaux exaspérés par notre allure modérée, les signore toutes, mais toutes, immédiatement conquises par les premières coquetteries d’Irène.

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Un jour nous avons déjeuné dans une trattoria absolument magique. Il me semble que c’était autour du lac de Côme, et nous venions de trouver le petit restaurant typique, local et peu connu de touristes mais cependant plébiscité par notre guide, désespérément fermé. Nous avions projeté de visiter la très belle ville de Bellagio et de casser la croute dans un des villages mitoyens du nom de San Giovanni il me semble. Or voilà, le village en question comprenait justement ce seul et unique restaurant aux stores abaissés, deux ruelles qui se rejoignaient devant l’inévitable église ainsi qu’un minuscule port de pêche venteux donnant sur le lac (vue à couper le souffle, évidemment). Quelque peu désemparés par cet échec mais n’ayant pas d’autres solutions à portée de main, nous avons ressorti le guide et nous nous sommes fixés sur un autre restaurant typique, local et à peine à 6 km de distance.

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Une heure et 20 km de petites routes montagneuses plus tard nous y étions enfin. Un village tout en haut de la colline composé de vieilles maisons en pierre et de rues qui se transformaient mine de rien en escaliers. Des travaux ici et là mais sinon pas un rat. De la pierre, de la poussière, des passages sombres et étroits entre les bâtisses et la trattoria qui de justesse s’appelait l’Antica trattoria di… Au rez-de-chaussée une jeune fille en train grignoter le bout de son crayon au dessus des mots croisés, une machine à café et un frigorifero rempli de boissons rafraîchissantes. En haut, la trattoria. Trois petites salles, une cheminée ou deux, les murs décorés de dictons sur la bonne chère, en lombard (?), des nappes à carreaux vert et blanc, quelques clients. Mais alors pas n’importe lesquels. Deux ouvriers et leur patron qui travaillaient sur le chantier à côté, une autre compagnie d’ouvriers un peu plus nombreuse et puis, deux papys très chics en habits de cyclistes professionnels. Ils venaient de terminer leur primi piatti et causaient tranquillement avec le patron en attendant la suite. Une carafe de vin rouge sur la table, évidemment. Nous avons commandé un risotto aux asperges (des asperges, partout, j’en suis encore toute retournée ) et des pâtes au pesto, une assiette de fromages locaux à partager, de la salade, du vin et forcément des espressos. Je n’ai pas pu m’empêcher de tendre l’oreille aux conversations environnantes. Oui, les deux papys étaient bien des habitués et ils  allaient revenir sans faille vendredi prochain. Nous étions mardi ou mercredi. Ces deux signori avaient donc pour habitude de grimper sur leurs vélos tout en haut de la colline et de se partager un repas et un verre de vin au moins deux fois par semaine. J’ai été très impressionnée et même envieuse de cette vie qui me paraissait tellement élégante.

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Un autre jour, et c’était à Bergamo, nous avons eu la chance de déjeuner dans une tout autre atmosphère mais au final, il me semble que ce restaurant remplissait exactement le même rôle que l’Antica trattoria en haut de la colline. Après quelques mésaventures et avant même de pouvoir monter en ville haute admirer il centro storico, nous nous sommes donc installés dans ce restaurant au fond d’une cour intérieure, caché des bruits de la rue. La mauvaise humeur d’Irène a été balayée en quelque secondes grâce aux sourires admiratifs de la serveuse et nous pouvions enfin nous relaxer. L’endroit est connu entre autres pour ses plateaux de charcuterie et de fromage et c’est sur cela que notre choix s’est enfin arrêté. Non sans quelques regrets pourtant (bien que nos plateaux fussent excellents) car les plats que nous voyions traverser la salle avant d’atterrir devant les clients, en costume-cravate cette fois-ci, nous faisaient tous saliver. Guillaume se souvient encore des roulés de pâtes visiblement farcis aux épinards et à la ricotta… (j’ai déjà oublié le terme culinaire employé à leur description). Ambiance bois foncé, caisses de vin empilées, lumière tamisée, le tout présenté le plus simplement possible. Une clientèle qui revient, probablement plusieurs fois par semaine car c’est bon et beau mais aussi nourrissant.

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Avant le départ pour Paris nous avons fait des courses auprès des petits commerçants de Lecco. Alors, Lecco n’est surement pas ce qu’on pourrait appeler une petite ville pittoresque sur les côtes du lac de Côme. Et pourtant. La petite place du centre est bordée de palazzi, au tournant de la rue, une vue magnifique s’ouvre sur les sommets des Alpes enneigés, le tintement des cloches remplit l’air matinal pendant un instant et d’un coup on oublie toutes les installations industrielles et franchement laides dont est dotée la ville. Nous avons trouvé plusieurs boucheries et fromageries, sans parler des pâtisseries. Du fromage, de la pancetta (indéniablement ma nouvelle favorite de la charcuterie italienne), des cèpes séchés, quelques bouteilles de vin. Pourquoi, oh pourquoi la moindre petite ville italienne et française regorge de ce genre d’établissements alors que Tallinn… voit émerger tous les ans un nouveau mega-super-hyper centre commercial. Pourquoi s’inspirer toujours de ce qui est sans âme, médiocre et moche au nom du profit ou du progrès ? Ne serait-il vraiment pas possible d’inverser cette tendance ? J’aimerais tant.

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Ce n’est bien sûr pas tout. Il y a eu une longue promenade tranquille à Stresa car nous venions de visionner récemment La Sapienza. C’est ici qu’ils se sont rencontrés, sûrement. Attends, ici peut-être, regarde, ça y ressemble. Et puis les majestueux palazzi abandonnés, décolorés, derrière les grands hôtels de luxe. Il y a eu aussi la visite du monastère de Santa Catarina juste en face de Stresa sur l’autre bord du lac – construit au pied de la colline à quelques 20 m au dessus de l’eau, calme, ensoleillé, tellement chaleureux. La colonnade, l’ombre sous les voutes, et le calme, encore une fois. Il y a eu aussi le petit jardin public rempli des premières fleurs de l’année à … Mais comment cet endroit s’appelait-il déjà ? (Cernobbio, ça me revient). La ville de Côme que nous avons beaucoup aimée mais où le repas de midi était plutôt décevant. Qu’est-ce que j’ai pu oublier ? Le bonheur d’être ensemble, tous les trois, notre petit monde. Si cher.

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A Paris nous avons fait le choix de louer un appartement dans le Marais que cette fois-ci on pourrait qualifier sans hésitation de typique : immeuble haussmannien, 5ème étage sans ascenseur (pour une fois que notre char d’assaut nous avait fidèlement suivi), parquets, murs blancs, panneaux, cuisine et sdb minuscules. Le frère de Guillaume, revenu de Vietnam a enfin rencontré sa petite nièce et nous avons fêté cet événement dans le bistrot d’à côté du nom Du temps des cerises – on n’aurait pas pu mieux tomber. Ils avaient des oeufs à la mayonnaise en entrée (si simple), ils avaient de toutes petites tables et beaucoup de monde, on se serre les coudes, un comptoir pour faire patienter. Tellement bien. Les burgers étaient copieux, les frites bonnes.

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La raison de notre venue à Paris et initialement de tout ce remue-ménage était d’ordre familial. Le grand-père de Guillaume nous a quitté il y a peu et nous souhaitions l’accompagner lors de son dernier voyage au cimetière de Poissy. Très sobre. Quelques rayons de soleil printaniers, un discours, une dernière pensée, un repas partagé en petit comité.

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Le lendemain soir après une journée de promenade et d’emplettes nous avons pris des asperges blanches et une botte d’oseilles à un étal de fruits et légumes tout près de l’appartement. Une barquette de fraises (de Plougastel ?) s’est probablement invitée aussi dans nos paniers. En fut composé un risotto aux asperges car enfin, vous l’aurez compris, je suis complètement sous le charme de ce légume. Et pour le dessert une très jolie boîte nous attendait, contenant la Colomba di Pasqua  – une pâtisserie italienne, briochée, parfumée aux abricots secs et parsemée d’amandes, un rêve. A 21 h il s’est mis à pleuvoir des cordes et en ouvrant les fenêtres de la cuisine, on pouvait entendre le retour des cloches de Notre Dame carillonner, chargées de friandises.

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Il y a eu un repas quelque peu décadent  à Okomusu  accompagnée d’une très bonne bouteille de saké et de bavardages. C’est un tout petit restaurant japonais (comme là-bas, ou comme à Paris, d’ailleurs) a un air de famille, souvent fermé et de plus en plus populaire. Pensez à réserver. Sur la carte, pas de sushi pour une fois mais trois versions d’okonomiyaki, de cette omelette si riche et réconfortante, et quelques plats de nouilles sautées. Et un dernier déjeuner chez des amis avant le retour, à tous points époustouflant. Un tataki de bonite et des maki maison en entrée, des tomates farcies en seconde entrée, l’agneau de 7 heures façon grande cuisine, un fraisier encore une fois fait maison et maîtrisé à la perfection sans parler du vin, du champagne et d’autres mignardises. Merci Tsubasa pour ce merveilleux moment. Nous sommes repartis repus et attristés de devoir laisser loin derrière nous ce petit monde qui fut le nôtre pendant presque 15 ans.

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Sur ce, je vous laisse en compagnie d’une recette de risotto aux asperges pour deux. C’est encore la saison, profitez-en.

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120 g de riz de risotto
250 g d’asperges
1 verre de vin blanc (Soave)
1 cube de bouillon (de poule ou de légumes)
1 échalote (ou 1/2 oignon, à défaut de)
2 c. à s. d’huile d’olive
20 g de beurre
Sel, poivre
Du parmesan fraîchement râpé

Remplissez une casserole de taille moyenne d’eau (1 l à peu près) et portez à ébullition. Préparez les asperges, couper la partie boisée du pied et épluchez-les. Coupez les tiges en morceau de quelque 3 ou 4 cm de long. Plongez les asperges dans l’eau bouillante pour 30 secondes à peine. Pêchez-les à l’aide d’une écumoire et réservez.

Rajoutez le cube de bouillon dans l’eau de cuisson des asperges et maintenez le bouillon au chaud, presque frémissant.

Faites-chauffer l’huile d’olive dans une sauteuse à fond épais au feu moyen. Epluchez et émincez l’échalote et faites-la revenir dans l’huile. Elle doit rester translucide. Versez le riz dans la sauteuse et tout en remuant, attendez que les graines deviennent opaques. A ce moment, versez le verre de vin dans la sauteuse, remuez et laissez l’alcool s’évaporer (une petite minute à peu près).

Ajoutez 1/3 ou 1/4 de bouillon ainsi que les asperges. Remuez régulièrement. Attendez que le bouillon soit absorbé avant d’en rajouter.

La cuisson prendra entre 15 et 20 minutes. Les graines de riz doivent rester un rien fermes à l’intérieur. Coupez le feu, ajoutez le beurre, salez et poivrez si nécessaire, mélangez bien. Servez immédiatement parsemé du parmesan, fraîchement râpé, cela va de soi.

Notes :

Vous pouvez ajouter une botte d’oseilles pour une touche légèrement acidulé.

Si vos asperges sont très fines et fraîches, vous n’êtes pas obligés de les blanchir préalablement. Elle resteront un peu croquantes et c’est comme ça que nous les préférons.

Les asperges blanches étant plus réputées, j’ai cependant une faible pour les vertes à cause de leur jolie couleur tellement printanière. Les asperges sauvages conviennent aussi parfaitement.

Question de goût, mais je n’aime mais pas du tout les risottos rendus excessivement crémeux grâce aux quantités industrielles de mascarpone ou de crème. Un peu de beurre à la fin fait parfaitement l’affaire.

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A la française

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L’été n’est plus qu’un souvenir lointain, l’automne est également passé avec ses belles journées ensoleillées et les longues promenades dans le parc. L’hiver, ma foi, semble vouloir nous abandonner à son tour alors qu’il a à peine eu le temps de se montrer. La neige a duré quelque deux ou trois semaines et les températures effarantes de -20° C guère plus d’une quinzaine de jours. Les moufles et autres bottes à crampons et bonnets en laine ont déjà été relégués aux oubliettes et laissé place aux élégants gants en cuir et aux chaussures de ville.

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Fin octobre a été marqué par un voyage en France longuement attendu et qui nous a bien fait prendre la mesure des changements que notre mode de vie a subi suite au déménagement à Tallinn. Notre temps a été partagé entre la région parisienne et nos amis et Brest et la famille. Nous avons littéralement été pris de court par la richesse des étals de fruits et de légumes, l’incroyable choix que proposent les bancs d’écaillers, les mille et un fromages affinés à la perfection, la charcuterie, les famille attablées dans les bistros un samedi après-midi, le monde en général. La vie coule plus calme dans le nord, bien plus sobre.

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Si par un caprice du destin vous deviez vous trouver un beau jour à Brest, n’hésitez pas à rendre visite à Hinoki, tenu par le très talentueux maître de sushi brestois, Xavier Pensec et son épouse, Mika. Le restaurant est exceptionnel tant pour la qualité de la cuisine proposée que pour l’ambiance et nous nous considérons vraiment extrêmement chanceux d’avoir pu réserver une table à la dernière minute. C’est un véritable ilot japonais, simple, fonctionnel, avec un décor sobre et chose non sans importance, petit. Une douzaine de places, des sushis fait sous les yeux des clients selon la pêche du jour, chaque pièce réfléchie, assaisonnée à la perfection. Mes photos ne feraient pas honneur à cet établissement, alors je vous les épargne. Mais vraiment, allez-y. 6, rue des 11 Martyrs, Brest.

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De retour, j’essaie de ne pas complètement oublier nos origines françaises. Car oui, je ne peux pas nier aujourd’hui l’influence qu’ont eue ces 15 dernières années sur ma façon de vivre, de penser, de concevoir le monde. Et cela passe souvent par la cuisine, la recherche de bons ingrédients, le partage d’un repas avec mes parents, quelques tentatives de pâtisserie, le choix de prendre du temps pour profiter du moment, d’un verre de vin. Ou encore par une soirée de Mardi gras passée autour d’un plat traditionnel comme la soupe aux fèves et au jambon fumé préparée par ma mère et terminée par mes tout premiers Vastlakukkel – des petits pains briochés à la cardamome, garnis à la crème Chantilly.

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Je me suis toujours vaguement méfiée des préparations à la levure fraîche et pourtant cela n`a jamais cessé de me fasciner. Petite, je voyais quelque chose de quasi surnaturel dans le fastidieux processus de pétrissage suivi d’un temps de repos plus ou moins prolongé pendant lequel la pâte doublait de volume. Ma mère, n’étant pas vraiment une férue de cuisine, mettait toujours un point d’honneur à préparer un énorme pain brioché farci aux raisins secs et aux noisettes, couvert de glaçage au chocolat pour les fêtes de Noël et des petits pains en forme de lapin pour Pâques. C’était magique et clairement un art réservé aux adultes initiés. Et d’ailleurs, je ne suis pas sûre d’avoir complètement changé d’opinion sur ce point en grandissant. La seule différence réside peut-être dans le fait que depuis, j’ose me lancer une fois tous les deux ou trois ans et avec plus ou moins de détermination dans la découverte des secrets de la pâte levée.

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Les vastlakukkel susmentionnés, des roulés à la cardamome ou à la cannelle et dernièrement, fortement inspirée par notre voyage d’automne en France, une brioche. A la cardamome (évidemment) et aux raisins secs.

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Je me suis servie d’une recette de base pour la brioche (Christophe Felder, Pâtisserie!) et j’y ai ajouté de la cardamome (car rien ne peut vraiment rivaliser avec un intérieur embaumé de l’odeur de pain à peine sorti du four, délicatement parfumé à la cardamome) ainsi que des raisins secs pour une touche sucrée et hivernale. Accompagnée d’une confiture aux myrtilles maison, elle égaie considérablement les matins quelque peu grisâtres de ces derniers jours.

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Pour une brioche :

250 g de farine
30 g de sucre
10 g de levure fraîche
3 oeufs
165 g de beurre à température ambiante
Sel
1 jaune d’oeuf pour la dorure

Versez la farine, le sucre, le sel et la levure dans la cuve de votre batteur et faites attention à ce que la levure ne rentre en contact ni avec le sel ni avec le sucre. Ajoutez les oeufs et pétrissez la préparation à vitesse lente jusqu’à l’obtention d’une pâte dense.

Ajoutez ensuite le beurre et continuez à pétrir à vitesse moyenne jusqu’à ce que la pâte devienne élastique et se décolle des bords de la cuve. En dernier lieu ajoutez les raisins et la cardamome et travaillez la pâte à la main pour un repartissage homogène.

Couvrez la cuve d’un torchon propre et laissez la pâte pousser jusqu’à ce qu’elle ait doublé de volume. Ce processus prend plus ou moins de temps selon la température de la pièce.

Quand pâte aura doublé de volume, sortez un moule à cake et beurrez-le. Farinez légèrement le plan de travail et à l’aide d’un couteau, divisez la pâte en quatre parts égales. Formez quatre boules et placez-les dans le moule à cake. Couvrez le moule de film et laissez la pâte pousser une deuxième fois jusqu’à ce qu’elle double de volume.

Préchauffez le four à 170 °C. Battez légèrement le jaune d’oeuf à la fourchette et dorez la pâte à l’aide d’un pinceau. Pour donner à la brioche sa forme définitive, trempez les points des ciseaux dans l’eau froide et effectuez une entaille au centre de chaque boule.

Laissez cuire une vingtaine de minutes. La brioche doit être bien dorée à la fin. Laissez-la refroidir avant de la démouler et de la découper.

Notes personnelles : 

  1. Il faudrait probablement racler de temps en temps les parois de la cuve à pétrir à l’aide d’une spatule afin de garantir que tous les ingrédients soient bien incorporés. Le pétrissage a pris plus longtemps qu’indiqué dans le livre.
  2. Ma pâte a mis longtemps à monter la première fois, probablement dû à la température relativement basse de ma cuisine. 
  3. Cette brioche n’est pas très sucrée. Si vous n’y ajoutez pas de raisins, vous voudriez peut-être augmenter la quantité de sucre. 
  4. Encore très bon 3 ou 4 jours plus tard à condition de couper les tranches épaisses et de les faire griller. Elle doit être excellente en pain perdu. 

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Un été anglais et des scones

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Nous passons nos week-ends à trier, à faire les derniers achats, à négocier à distance avec les menuisiers-cuisinistes-commerçants en tous genres. Loués soient les moyens de communication modernes. La cuisine devrait être installée à temps pour notre arrivée à part le plan de travail qu’il faudra attendre quelque 15 jours supplémentaires. Je le voulais en pierre, ça prend du temps. Tout prend du temps à partir du moment où on préfère le sur-mesure et l’artisanal. C’est ce qu’on préfère, c’est vrai mais l’appartement étant sous les les toits avec un nombre incalculable de recoins et d’angles tarabiscotés, nous n’avons pas tellement le choix non plus. Je regrette juste de ne pas pouvoir être sur place pour vérifier, comparer les bois et les toucher, choisir les teintes et les finitions. Les bibliothèques ont été promises pour début juillet, au plus tard, ce qui augure plus d’un mois de vie en cartons. Le lit, du moins nous devrait nous attendre sur place. En attendant, le volume de nos bagages à ramener grossit de jour en jour au point où je n’ose plus contacter le déménageur pour le mettre au au courant des derniers développements.

9 Dartington (9)11 From Totnes to Dartmouth (23)

Avec tout ça le 22 mai s’approche inexorablement et depuis un certain temps je n’arrive plus à maîtriser complètement le flux de pensées teintées de nostalgie qui menacent de m’envahir à l’improviste, le tri de vieilles affaires n’aidant aucunement. Difficile de ne pas regarder vers le passé qui en réalité est encore le présent, de ne pas faire le bilan de ce qui était notre quotidien ces 14 dernières années. Un tiers de ma vie. Toute ma vie d’adulte indépendante car finalement c’est en France qu’ont muri mes goûts et préférences. Certes, à partir d’un socle pré-existant dont les premières composantes ont été mises en place dans une toute petite maison à quelques 2000 kilomètres d’ici. Une réflexion s’impose et des inquiétudes pointent leur nez. Comment se passera le retour au pays qui malgré tout mon attachement m’est devenu de plus en plus étranger au fil des années ? Le manque de lumière en hiver et la longueur de celui-ci, la dureté des gens et de la vie en général…

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Des images, des pans entiers de nos vies françaises me reviennent en mémoire, certains moments avec une précision extrême comme s’il suffisait d’un rien pour… enfin, non pour les revivre mais pour y être pour de vrai, pour les vivre tels quels, la toute première fois. Par moments la barrière indéfinissable qui sépare le passé du présent semblent s’évanouir et le temps devenir accessible dans son ensemble. Souvent il suffit d’un rien. La vue de la couverture écornée d’un roman commencé à la plage il y a des étés et jamais terminé, les premiers accords d’une vieille chanson écoutée en boucle lors de nos premières virées en Normandie dans la magnifique 205 des parents de Guillaume, la rencontre avec un ami retrouvé après des années de silence…

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C’est comme ça que depuis plusieurs semaines je n’arrive plus à chasser de mon esprit l’été 2010 (cinq ans déjà !). Nous avons passé trois semaines en Angleterre, dans le Sud-Est, à Totnes. J’avais obtenu une bourse pour y effectuer un séjour linguistique et Guillaume m’accompagnait. Nous louions un superbe cottage entouré de prés et de vaches, dinions dans le pub local qui servait de plats gourmands et du prosecco extra brut, passions nos après-midis à vagabonder dans les bourgades côtières et les week-ends à découvrir des sightseeings à ne pas manquer (ah la conduite inversée et les routes de campagne à peine assez larges pour laisser passer une voiture et pourtant prévues pour une circulation dans les deux sens !).

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Tous les matins j’avais quatre heures de cours suivies d’une pause d’une heure à midi et de deux heures de cours supplémentaires au début de l’après-midi. Les jours de pluie nous nous donnions rendez-vous pour le déjeuner dans un petit restaurant français, La Fourchette, pour se réchauffer autour de la soupe du jour, d’habitude au poisson, servie avec une généreuse quantité de rouille et de toasts. Le plus souvent cependant on se rendait dans l’un des deux salons de thé de High Street où la porcelaine était fleurie et honorablement ancienne et les tartes et gâteaux du jour exposés dans la vitrine faisaient tourner la tête à tous les passants. Malgré l’attrait indéniable de ces merveilles ma préférence allait presque toujours aux simples scones accompagnés de thé noir, du clotted cream et des confitures – ce qui est pour moi encore aujourd’hui le quintessence de la vie britannique.

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Oui, je me trompais sûrement contre toutes les bonnes mœurs locales en substituant le déjeuner de fish & chips d’une popularité incroyable parmi les touristes autochtones par ces petites boules de pâte légèrement denses mais franchement, comment y résister ? Pour retrouver tant soit peu l’ambiance de cet été à l’air british, je me suis lancée après des années dans la confection de scones maison. La recette est celle de Rose Bakery. C’est la recette de base à laquelle j’ai ajouté deux ou trois petites choses de ce que j’avais en réserve.

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J’ai utilisé un emporte-pièce de 5 cm de diamètre comme préconisé dans la recette et je me suis bien gardée de trop étaler la pâte mais malgré cela en étant économe avec la pâte j’ai obtenu 20 scones au lieu de 14-15. Ce qui au bout du compte n’est pas du tout un mal. Les scones de Rose Bakery sont un peu plus légers que leurs pairs outre-Manche et pas très sucrés. Alors si vous les préférez plus consistants, il faudrait probablement augmenter la quantité de beurre et de sucre, chose que je n’ai pas encore testée car ils nous conviennent parfaitement tels quels.

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500 g de farine
110 g de beurre (ici aux cristaux de sel de Guérande)
2 c. à s. de sucre
2 c. à s. de levure chimique
30 cl de lait entier
Sel
1 œuf battu
40 g d’écorce d’orange confite
2 c. à s. de graines de pavot (approximativement)
2 c. à s. de graines de courge (approximativement)
2 c. à s. de graines de lin (approximativement)

Faire chauffer le four à 200 °C.

Chemiser une grande plaque de papier sulfurisé.

Mélanger la farine, la levure chimique, le sucre et le sel (je n’en ai pas mis puisque j’ai utilisé du beurre salé) dans un grand bol. Ajouter le beurre découpé en morceau et travailler la préparation à la main jusqu’à l’obtention d’une pâte légèrement sablonneuse.

Creuser une fontaine au milieu et y verser le lait. Travailler la pâte à la fourchette jusqu’à l’absorption complète du lait et continuer à la main. Le résultat obtenu doit être souple, ni trop humide (il ne faut pas que la pâte colle) ni trop farineuse. Ajouter du lait ou de la farine si besoin (j’ai dû ajouter un peu de farine).

A ce moment des préparatifs j’ai divisé la pâte en deux et j’ai obtenu deux boules d’un peu plus de 500 grammes. Ensuite j’ai ajouté les graines de pavot et l’écorce d’orange coupée en petits morceaux à une boule et les graines de lin et de courge à l’autre. Bien entendu on peu personnaliser les scones avec un peu tout ce qu’on veut : granola maison, airelles, noix et noisettes de tous genres, raisins secs, chocolat…

Enfin, farinez légèrement la planche de travail et étaler la pâte à l’aide d’un rouleau à pâtisserie à une épaisseur de 3 cm minimum. Découper les scones avec l’emporte-pièce, les placer sur la plaque de cuisson préalablement chemisée de papier sulfurisée et les badigeonner d’œuf battu.

Enfourner les scones pour 15 à 20 minutes (20 avec mon four) jusqu’à ce qu’ils soient gonflés et dorés. Servir tièdes ou froids au petit-déjeuner ou à l’heure du goûter (on peu les faire réchauffer légèrement le lendemain, cela les rafraichit considérablement), accompagnés du thé ou pourquoi pas d’un verre de vin pétillant, de la chantilly, des fraises, du beurre, de la crème au caramel, de la confiture ou de toute autre pâte à tartiner susceptible de vous faire plaisir. Ils se gardent mieux dans un récipient fermé hermétiquement.

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