A la française

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L’été n’est plus qu’un souvenir lointain, l’automne est également passé avec ses belles journées ensoleillées et les longues promenades dans le parc. L’hiver, ma foi, semble vouloir nous abandonner à son tour alors qu’il a à peine eu le temps de se montrer. La neige a duré quelque deux ou trois semaines et les températures effarantes de -20° C guère plus d’une quinzaine de jours. Les moufles et autres bottes à crampons et bonnets en laine ont déjà été relégués aux oubliettes et laissé place aux élégants gants en cuir et aux chaussures de ville.

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Fin octobre a été marqué par un voyage en France longuement attendu et qui nous a bien fait prendre la mesure des changements que notre mode de vie a subi suite au déménagement à Tallinn. Notre temps a été partagé entre la région parisienne et nos amis et Brest et la famille. Nous avons littéralement été pris de court par la richesse des étals de fruits et de légumes, l’incroyable choix que proposent les bancs d’écaillers, les mille et un fromages affinés à la perfection, la charcuterie, les famille attablées dans les bistros un samedi après-midi, le monde en général. La vie coule plus calme dans le nord, bien plus sobre.

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Si par un caprice du destin vous deviez vous trouver un beau jour à Brest, n’hésitez pas à rendre visite à Hinoki, tenu par le très talentueux maître de sushi brestois, Xavier Pensec et son épouse, Mika. Le restaurant est exceptionnel tant pour la qualité de la cuisine proposée que pour l’ambiance et nous nous considérons vraiment extrêmement chanceux d’avoir pu réserver une table à la dernière minute. C’est un véritable ilot japonais, simple, fonctionnel, avec un décor sobre et chose non sans importance, petit. Une douzaine de places, des sushis fait sous les yeux des clients selon la pêche du jour, chaque pièce réfléchie, assaisonnée à la perfection. Mes photos ne feraient pas honneur à cet établissement, alors je vous les épargne. Mais vraiment, allez-y. 6, rue des 11 Martyrs, Brest.

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De retour, j’essaie de ne pas complètement oublier nos origines françaises. Car oui, je ne peux pas nier aujourd’hui l’influence qu’ont eue ces 15 dernières années sur ma façon de vivre, de penser, de concevoir le monde. Et cela passe souvent par la cuisine, la recherche de bons ingrédients, le partage d’un repas avec mes parents, quelques tentatives de pâtisserie, le choix de prendre du temps pour profiter du moment, d’un verre de vin. Ou encore par une soirée de Mardi gras passée autour d’un plat traditionnel comme la soupe aux fèves et au jambon fumé préparée par ma mère et terminée par mes tout premiers Vastlakukkel – des petits pains briochés à la cardamome, garnis à la crème Chantilly.

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Je me suis toujours vaguement méfiée des préparations à la levure fraîche et pourtant cela n`a jamais cessé de me fasciner. Petite, je voyais quelque chose de quasi surnaturel dans le fastidieux processus de pétrissage suivi d’un temps de repos plus ou moins prolongé pendant lequel la pâte doublait de volume. Ma mère, n’étant pas vraiment une férue de cuisine, mettait toujours un point d’honneur à préparer un énorme pain brioché farci aux raisins secs et aux noisettes, couvert de glaçage au chocolat pour les fêtes de Noël et des petits pains en forme de lapin pour Pâques. C’était magique et clairement un art réservé aux adultes initiés. Et d’ailleurs, je ne suis pas sûre d’avoir complètement changé d’opinion sur ce point en grandissant. La seule différence réside peut-être dans le fait que depuis, j’ose me lancer une fois tous les deux ou trois ans et avec plus ou moins de détermination dans la découverte des secrets de la pâte levée.

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Les vastlakukkel susmentionnés, des roulés à la cardamome ou à la cannelle et dernièrement, fortement inspirée par notre voyage d’automne en France, une brioche. A la cardamome (évidemment) et aux raisins secs.

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Je me suis servie d’une recette de base pour la brioche (Christophe Felder, Pâtisserie!) et j’y ai ajouté de la cardamome (car rien ne peut vraiment rivaliser avec un intérieur embaumé de l’odeur de pain à peine sorti du four, délicatement parfumé à la cardamome) ainsi que des raisins secs pour une touche sucrée et hivernale. Accompagnée d’une confiture aux myrtilles maison, elle égaie considérablement les matins quelque peu grisâtres de ces derniers jours.

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Pour une brioche :

250 g de farine
30 g de sucre
10 g de levure fraîche
3 oeufs
165 g de beurre à température ambiante
Sel
1 jaune d’oeuf pour la dorure

Versez la farine, le sucre, le sel et la levure dans la cuve de votre batteur et faites attention à ce que la levure ne rentre en contact ni avec le sel ni avec le sucre. Ajoutez les oeufs et pétrissez la préparation à vitesse lente jusqu’à l’obtention d’une pâte dense.

Ajoutez ensuite le beurre et continuez à pétrir à vitesse moyenne jusqu’à ce que la pâte devienne élastique et se décolle des bords de la cuve. En dernier lieu ajoutez les raisins et la cardamome et travaillez la pâte à la main pour un repartissage homogène.

Couvrez la cuve d’un torchon propre et laissez la pâte pousser jusqu’à ce qu’elle ait doublé de volume. Ce processus prend plus ou moins de temps selon la température de la pièce.

Quand pâte aura doublé de volume, sortez un moule à cake et beurrez-le. Farinez légèrement le plan de travail et à l’aide d’un couteau, divisez la pâte en quatre parts égales. Formez quatre boules et placez-les dans le moule à cake. Couvrez le moule de film et laissez la pâte pousser une deuxième fois jusqu’à ce qu’elle double de volume.

Préchauffez le four à 170 °C. Battez légèrement le jaune d’oeuf à la fourchette et dorez la pâte à l’aide d’un pinceau. Pour donner à la brioche sa forme définitive, trempez les points des ciseaux dans l’eau froide et effectuez une entaille au centre de chaque boule.

Laissez cuire une vingtaine de minutes. La brioche doit être bien dorée à la fin. Laissez-la refroidir avant de la démouler et de la découper.

Notes personnelles : 

  1. Il faudrait probablement racler de temps en temps les parois de la cuve à pétrir à l’aide d’une spatule afin de garantir que tous les ingrédients soient bien incorporés. Le pétrissage a pris plus longtemps qu’indiqué dans le livre.
  2. Ma pâte a mis longtemps à monter la première fois, probablement dû à la température relativement basse de ma cuisine. 
  3. Cette brioche n’est pas très sucrée. Si vous n’y ajoutez pas de raisins, vous voudriez peut-être augmenter la quantité de sucre. 
  4. Encore très bon 3 ou 4 jours plus tard à condition de couper les tranches épaisses et de les faire griller. Elle doit être excellente en pain perdu. 

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Une fin d’été

DSC_0625C’était sûrement une des dernières belles journées de cet été tellement capricieux. Nous en avons profité pour descendre à la plage, à Pirita où gamine j’ai passé un nombre incalculable d’après-midis en compagnie de ma mère et de mes amis qui habitaient à cinq minutes de chez nous, de l’autre côté du chemin de fer.  Plus tard, adolescente, j’y retournais seule, rêvasser, écouter le bruit des vagues, bronzer faisant fi du vent souvent frisquet et des nuages qui couvraient le soleil d’un léger voile tous les jours peu après 13 heures. J’aimais bien m’allonger sur le ventre en collant mon oreille contre la surface rugueuse de la serviette et écouter le bruit sourd des pas de passants dans le sable. Plus loin les vendeurs de chebureki vantaient leurs marchandises.

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Nous nous sommes promenés sous les pins, nous avons regardé les vagues, nous nous sommes dit qu’on allait revenir l’année prochaine munis de maillots de bain, de crème solaire pour les filles et de bouquin pour le garçon. DSC_0620

Le mois d’août est passé. Mes beaux-parents sont venus, des amis aussi. La maison ne s’est pas désemplie pendant trois semaines. Malgré l’envie, il a été difficile de trouver du temps pour cuisiner. Le matin un bol de yaourt et de céréales aux fruits rouges, à midi un déjeuner léger dans un des restaurants du quartier (Nop, Katharinenthal, Tokumaru, Nikolay), le soir une quiche, des sushis (oh oui, enfin), une moussaka préparée par G., quelques essais de gâteaux. Il y en a eu notamment un aux myrtilles sur un fond de digestive biscuits et de pâte d’amande… recette à venir. En attendant, voilà une autre recette, celle d’une tarte meringuée aux groseilles.

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La recette vient du très joli livre de Maru, Maru maitsev maailm (uniquement en estonien). Cette année encore j’ai dû m’y reprendre a deux fois avant de la réussir. Non pas parce que la recette est mal dosée ou peu claire. Au contraire. C’est juste moi. J’ai toujours tendance à modifier, à rajouter des fruits (deux fois plus, tant qu’à faire) ce qui fonctionne souvent très bien mais il y a des préparations qui ne tolèrent pas autant de libertés, notamment celles  meringuées.

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J’aime particulièrement cette tarte car elle fait la part belle à un fruit que depuis toute petite, je trouve très joli mais hélas, horriblement acide. Ma mère en a toujours eu un ou deux buissons dans le jardin et la récolte, autant que je m’en souvienne a toujours été très généreuse. Elle nous en préparait du jus qu’on buvait en hiver dilué dans l’eau ou encore une sorte de pudding à la semoule qu’on servait souvent le weekend dans des coupelles blanches à la bordure dorée accompagné de lait froid.

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Pour la pâte si vous avez une bonne recette de fond de tarte sucré, une pâte sablée que vous réussissez sans faille, n’hésitez pas. J’en ai essayé deux différentes et je ne suis pas encore tout à fait satisfaite. Affaire à suivre.

La garniture :

300 g de groseilles
6 blancs d’oeufs
600 ml de sucre glace
(Cannelle)

Préparez le fond de tarte et faites le cuire une 20ne de minutes à 170 °C. Montez les blancs d’oeufs en neige ferme avec 2/3 du sucre.

Mélangez les groseilles avec la moitié des blancs d’oeufs montés en neige ferme et le restant du sucre. Vous pouvez ajouter de la cannelle comme indiqué dans la recette d’origine mais bien que j’adore cette épice je la trouve ici parfaitement optionnelle. Versez cette préparation sur le fond de tarte précuit et couvrez le tout de la moitié restante des blancs d’oeufs.

Enfournez la tarte pendant 45 minutes à 170 °C, baissez ensuite la température à 140 °C et laissez la tarte au four encore pour une heure. Laissez la tarte refroidir au four. Vous obtiendrez une meringue croustillante par dessus et tendre à l’intérieur (elle ramollit assez rapidement, alors, pas de restes !).

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Elle est arrivée

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Trois semaines. Précisément il y a trois semaines, à 7h59 après une longue nuit et une matinée encore plus longue si c’est possible, Irène est enfin là. Un arc-en-ciel pour la saluer, une mouette qui plane dans le ciel encore chargé de nuages de pluie. Il nous rendra souvent visite pendant les deux jours suivants que nous passons à l’hôpital afin de s’assurer que tout va bien. G lui donnera un nom, Jonathan, Jonathan la mouette. Tout va bien mais dorénavant mon quotidien sera fait d’un immense bonheur teinté d’un soupçon d’inquiétude. Est-ce qu’elle mange assez, pourquoi pleure-t-elle, comment faire d’elle une bilingue parfaite, aurons nous une place à l’école maternelle dans trois ans, comment la protéger contre les réseaux sociaux… Oui, ça ne s’arrêtera plus jamais. Et tant d’amour et de tendresse.

On peut dire que ces trois semaines ont tout chamboulé, tout est différent, tout est nouveau. Le temps est compté, les nuits hachées, le sommeil omniprésent. Les journées sont rythmées par les horaires de manger, les promenades ciblées (en deux heures, on aura le temps de faire le marché ? oui, mais pas le magasin de bricolage, ok, d’accord, on verra plus tard, ou demain). Nos priorités sont les siennes ainsi que ses chagrins et ses moments de bien-être. C’est assez incroyable.. 

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L’été est cette année plutôt mitigé, difficile de sortir en petite robe, pour elle et pour moi également. Au lieu de cela, les bottes en caoutchouc et les bonnets sont de mise. Le vent chasse la pluie et le soleil en laissant derrière lui quelque moment d’accalmie. La semaine dernière nous avons pu profiter d’un après-midi relativement doux après une matinée d’averses pour faire un tour dans la forêt. Nous avons notre petit coin secret qui ne l’est pas vraiment mais où nous trouvons chaque année quelques girolles et cèpes et des myrtilles en profusion. La récolte était modeste, de quoi faire une omelette mais la promenade nous a revigoré et donné envie de retourner explorer d’autres sentiers.

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Car les girolles, on aime ça. On aime dénicher ses petites merveilles sous la forêt de pins, dans la mousse souvent. Quand il y en a une, il y en a d’autres, toujours. On aime leur couleur, leur forme facile à reconnaître. Et on aime les cuisiner. Omelettes, en accompagnement à un plat de viande, en risotto. Surtout en risotto. C’est un plat qui demande un peu de soins et de présence mais il en vaut tellement le coup.

Rien de révolutionnaire dans cette recette mais elle me convient parfaitement et satisfait nos papilles depuis des années. Les girolles sur les images viennent cette fois-ci du marché, c’est enfin la pleine saison, le moment d’en profiter.

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Pour 2 personnes

120 g de riz (arborio, carnaroli)
400 – 500 g de girolles
1 verre de vin blanc
2 oignons nouveaux
1l de bouillon
2 c. à s. d’huile d’olive
20 g de beurre
Sel, poivre, sauge
Parmesan

Faites chauffer l’huile dans une grande poêle ou fait-tout au feu moyen. Préparez le bouillon et gardez-le au chaud sur le feu, presque frémissant (j’ai mélangé un cube de bouillon de volaille dans 3/4 l d’eau bouillante).

Hachez l’oignon et faites-le dorer dans l’huile d’olive. Ajoutez le riz et tout en remuant attendez qu’il deviennent opaque. Maintenant c’est le moment d’ajouter le vin blanc et d’attendre que l’alcool s’évapore.

Une fois l’alcool évaporé, ajoutez les champignons, la sauge et un peu de bouillon. Mélangez constamment. Quand il ne reste plus de liquide, rajoutez du bouillon et mélangez, mélangez, mélangez, recommencez. Je préfère faire cuire les champignons avec le riz pour bien absorber tout leur liquide de cuisson et obtenir un plat parfumé à souhaits.

La cuisson prend à peu près une 20ne de minutes. Goutez de temps en temps afin de ne pas faire cuire le riz trop longtemps, les grains doivent rester légèrement fermes à l’intérieur.

Quand vous estimez avoir atteint le résultat souhaité, coupez le feu, assaisonnez. Ajoutez le beurre en morceaux (hors feu) afin de lier la préparation et mélangez. Servez saupoudré du parmesan et pour terminer, donnez un tour de moulin à poivre. C’est prêt.

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