Au Japon

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Le Japon m’a toujours fascinée et pendant longtemps je l’ai sûrement idéalisé comme on peut idéaliser un pays qu’on ne connaît que grâce aux cartes postales, ou dans mon cas, grâce aux livres, aux films et aux animes. Mes premiers voyages n’ont fait que confirmer cette fascination. Je ne sais par quel moyen j’ai réussi à demeurer aveugle à l’extrême densité de population et au manque d’espace drastique, au consumérisme immodéré, au goût discutable pour tout ce qui est mignon ou qui brille ou les deux à la fois. Cela ne veut surtout pas dire que je n’y ai pas connu mon lot de mésaventures et de frustrations mais j’y suis toujours retournée avec de l’enthousiasme et l’envie d’en savoir plus.

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Les saisons s’y reflètent dans l’assiette et dans les couleurs portées par par les jeunes demoiselles en yukata. Je pourrais me perdre dans la contemplation de tous ces petits mondes de beauté et de sérénité qu’on découvre à l’improviste au détour d’une rue bordée d’affreux immeubles et de poteaux électriques ou au 2ème sous-sol d’un supermarché. Le petit chemin ombragé, parsemé de pierres moussues et de quelques feuilles rouges qui mène jusqu’au salon de thé caché du bruit et des regards indiscrets. La fleur fraîchement cueillie qui vient égayer l’assiette de poisson cru ou la feuille d’érable en automne, les minuscules jardins au coeur des demeures où l’emplacement de chaque grain de sable est longuement prémédité et inchangé depuis dix générations. Le pays entier est un manifeste constant au soin apporté aux objets, à l’espace, à l’autre. Ainsi la laideur banale des banlieues se trouve toujours interrompue par un pot de fleur posté sous la fenêtre ou par un minuscule autel bouddhiste entretenu avec le plus grand soin.

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Cet été, la chaleur était accablante. Atsui ne disaient les vieilles dames en souriant poliment, munies d’éventails aux couleurs passées, d’ombrelles et de toute une panoplie de gants et de guêtres afin d’éviter d’exposer leur peau au moindre rayon de soleil. Nous inclinions la tête et répondions par un petit sourire de connivence pour signaler notre accord. Et en effet, on se sentait écrasés par cet atmosphère chargé d’humidité, de chaleur et du chant incessant des cigales.

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Malgré cela et sans tenir compte des conseils amicaux de l’employé de JR, nous avons décidé de nous rendre de Magome à Tsumago à pied alors qu’un car climatisé aurait pu nous y déposer en quelques 20 minutes. Cette étape de 8 km de l’ancienne route postale nous a fait traverser des plaines de rizières et des forêts où il était conseillé de sonner la clochette pour ne pas tomber nez à nez avec un ours. Au tournant de la route, nous avons découvert un vieux moulin à eau, dans un minuscule village des prunes étaient en train de sécher dans des panier, assurément destinées à être conservées sous forme d’umeboshis.

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Une jeune fille en habits de ferme nous attendait à la gare de Sakakami pour nous accompagner en voiture aux village de Tanekura tout en haut de la colline, entouré de forêts et de ruisseaux. Le village compte une quinzaine, peut-être une vingtaine de fermes traditionnelles et plus que huit familles. On y cultive du riz, du sarrasin, du gingembre et une multitude d’autres légumes feuillus que je ne saurais nommer. Nos chambres se trouvaient à l’étage d’une vieille maison d’habitation. En bas, un foyer ouvert, une salle à manger, les bains. Un couple japonais est arrivé un plus tard et a été installé dans une chambre à l’opposé des nôtres, une jeune famille avec des enfants semblait séjourner dans une bâtisse avoisinante, nous les avons vus plus tard dans la soirée.

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Le dîner nous a été servi au même moment qu’aux autres par l’employée de la taverne, habillée joliment dans une yukata aux couleurs sobres. Composé essentiellement si ce n’est uniquement de légumes et de céréales locaux ainsi que de plantes sauvages, le repas fut une véritable découverte gustative. Les sushis aux gingembre frais, les tempuras de verdures et de champignons, le sarrasin sous toutes ses formes. Le lendemain matin le maître de soba nous a gentiment initié à son art (car en le regardant travailler, à l’entendre parler du chat, du renard et de l’ours, à le voir former des fleurs avec sa boule de pâte, on ne peut pas appeler son métier autrement). 13 ans il faut pour parvenir à la maîtrise.

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Le tour de vélo long de trois heures s’annonçait mal. Il faisait plus chaud que jamais cet après-midi à Hida Furukawa et le fait même d’exister exigeait de nous un effort monumental. Tatsu, notre guide semblait pourtant imperturbable dans sa bonne humeur et son enthousiasme. Nous nous sommes arrêtés souvent pour boire de l’eau de source et pour écouter ses explications abondantes concernant la vie locale et les traditions. Vous savez, à Tokyo, j’ai toujours fermé ma porte à clé. Ici, jamais. En rentrant, je trouve souvent un panier de légumes laissé par un inconnu bienveillant. Voyez-vous, cette source a été découverte sur une propriété privé. Eh bien, les propriétaires ont décidé de la rendre accessible à tous et maintenant les gens viennent de loin pour remplir leur réservoirs d’eau. Regardez cette vaste demeure. Elle a plus de 150 ans et dans le temps on y produisait de la soie. Quand sa propriétaire actuelle nous quittera, elle sera probablement sur le marché pour le prix d’une voiture. De son sac à dos il sortait tantôt un album de photo pour illustrer ses paroles, tantôt des échantillons de riz, tantôt du thé froid et des gâteau pour le goûter.

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Il était déjà 17h30 passé et nous nous précipitions comme des centaine d’autres tokyoïtes vers la sortie du metro. Dehors, une vague de fans habillés en couleurs de leurs équipes préférés nous submergeait. Sur les trottoir les petits stands éphémères proposaient de la bière fraîche en canette, des takoyaki, du mais grillé, des panures et des fritures en veux-tu voilà. Nous étions placé dans le camp des hirondelles, Tokyo Yakult Swallows qui affrontait ce soir la légendaire équipe de Yomiuri Giants (l’équipe favorite du professeur dans la Formule préférée du professeur de Yoko Ogawa, me dit G.). J’étais évidemment pour les Swallows, les autres pour les Giants. A ma gauche, un papy avec sa fille d’une 50ne d’année respirait au rythme du match. Il avait le fan kit entier dans son sac, les quilles, le parapluie etc et il partageait avec insistance ses reliques de fervent supporter de longue date avec nous. De temps en temps il sortait une boite en plastique et des baguettes pour avaler quelque morceaux de poulet pané ou d’autres friandises.

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La maison à Kyoto se trouvait au fond d’une étroite ruelle à Furukawacho, dans la partie de la ville qui se situe à l’est de la rivière Kamo, au nord de Gion. Notre chauffeur, n’étant pas sûr de l’emplacement et ne voulant surtout pas abandonner trois innocents touristes dans le jungle qu’est Kyoto, nous a gardé précieusement dans sa voiture jusqu’à l’arrivé du gérant de la société qui s’occupe de la location des machiya. Les tatamis y sentaient encore frais, la minuscule cuisine comprenait entre autres un cuiseur de riz, le café et le thé étaient soigneusement sélectionnés. Un stand de takoyaki se trouvait à la sortie de la station de métro la plus proche et un autre de gyoza à peine 100 mètres plus loin.

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Nous sommes sortis vers 19 heures sous un ciel menaçant. Les premières gouttes sont tombées 15 minutes plus tard et encore quelques 10 minutes plus tard il pleuvait des cordes. Nous voulions remonter la rivière et essayer de trouver un endroit surélevé pour admirer les caractères chinois allumés aux flancs des montagnes tout autour de la ville. Patiemment nous avons attendu sous une pluie battante. 20h ont sonné et nous ne pouvions même plus distinguer les contours des montagnes dans la pluie. C’était le 16 août et nous n’avons rien vu. Sur le chemin de retour nous avons découvert une ville métamorphosée en un gigantesque réseaux de ruisseaux et de cours d’eau. Ce soir nous avons dîné dans un petit izakaya du quartier serrés entre deux copines d’un âge respectable qui avaient visiblement un faible pour le shochu coupé à l’eau et un homme solitaire et taciturne.

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Un petit miracle s’est produit lors de notre trajet de retour et nous nous sommes trouvés pour la première fois surclassés en business. C’est un peu honteusement et avec un plaisir non-dissimulé que j’ai commandé une coupe de champagne avant même de décoller et que j’ai minutieusement étudié la carte avant d’effectuer mon choix de plats. Vous le savez déjà mais il y a de la place pour les jambes, pour les magazines, pour un oreiller. Il est même possible de s’allonger complètement ce que j’ai fait un peu plus tard pour rattraper quelques heures de sommeil, ou encore de bouquiner confortablement ce que j’ai également fait. J’ai beaucoup aimé les Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar.

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