La Grèce I – Athènes

Parthénon

C’est un jour de grande grisaille que nous sommes partis après avoir passé la matinée à faire les valises. A-t-il plu ce jour-là, ou y a-t-il eu de la neige ? L’un et l’autre semblent vraisemblables car des jours au ciel bleu, nous n’en avions guère vu depuis un long moment. Après moults bisous à la petite demoiselle et quelques encouragements hésitants aux vaillants grands-parents gardiens-de-monstresse, mais volontaires nous avons pris le chemin de l’aéroport.

A notre arrivée à Athènes il faisait nuit depuis longtemps déjà. Fatigués et légèrement affamés par ce voyage qui fut un peu plus long que prévu, nous nous sommes couchés de bonne heure ce soir-là, non sans avoir effectué une première promenade dans le quartier afin de dénicher le dernier supermarché ouvert. Sans succès.


En route vers le panthéon

Les deux jours suivants nous avons sillonné les rues du centre d’Athènes de long en large. Notre Airbnb se trouvait confortablement à une dizaine de minutes d’Acropole et pour ne pas partir sans l’avoir vu de près, une chose qui aurait pu nous arriver tout naturellement, c’est là que nous nous sommes dirigés en premier lieu. De mes manuels scolaires j’ai un souvenir de colonnes, des rangées et des rangées de colonnes blanches ioniques et doriques. Et il y en a. Mais il y a aussi beaucoup de vide et de poussière. Des morceaux perdus, des trous immenses démarqués par un contour de fondation. Et pourtant on sait, on sait tout le poids de l’histoire, et celui de la civilisation et de la pensée. On se dit qu’en grande partie tout a débuté ici, on s’arrête en s’appuyant contre la balustrade sous les doux rayons du soleil automnal, on regarde la ville qui s’étend au-dessous de nous, ses rues sinueuses et ses édifices modernes, abîmés et délabrés et on se dit que c’était il y a bien trop longtemps.





Vers Psiri

En descendant on prend la direction de Psiri et on s’arrête dans un tout petit local Kafeneio Ivis pour
un verre de vin blanc et quelques mézé. La taramosalata a un goût différent, plus fort et plus fin à la fois par rapport à ce que nous connaissons, le poulpe grillé est généreusement arrosé d’huile d’olive et de jus de citron, le houmous très peu salé. A part nous un couple de touristes et une tablée d’employés de boîtes avoisinantes de toute évidence. C’est un endroit paisible et sans prétention ayant pour tout personnel un chef et un serveur et nous l’aimons bien comme nous aimons bien l’ensemble de ce quartier, après réflexion encore plus sympathique après la tombée de la nuit probablement. On y trouve des bars et des restaurants, des antiquaires et des brocanteurs, un marchand de komboloï qui malgré tous ses efforts et mon intérêt manifeste ne parvient pas à me vendre un de ses jouets. Les maisons sont basses et couvertes de tags, les rues étroites. On aimerait bien y retourner mais par manque de temps cela ne se fait pas.

Les Halles

Notre chemin nous rapproche par la suite des Halles qui me font penser aux marchés vus à Istanbul ou encore pourquoi pas à Tokyo et à Kyoto avec une partie couverte pour la viande, les fruits et légumes tout autour et une jungle d’échoppes et de tavernes qui entourent le tout. Nous y faisons acquisition de pistaches et d’olives et d’une barquette de figues pour la modique somme d’un euro. Ce n’est sûrement plus la pleine saison mais elles sont néanmoins bien plus tendres et sucrées que celles importées chez moi. Quelque peu ébahis nous traversons ensuite le marché couvert où les bouchers exposent dans les vitrines leur meilleurs morceaux, têtes et queues encore attachées. Les lapins me marquent particulièrement, non pas que je sois particulièrement sensible à leur côté mignon évident à l’état vivant mais plus à cause du contraste qui se dégage de leur carcasses dépecées et ornées d’une queue blanche et dodue. Nous rentrons à l’appartement pour nous reposer un peu avant la soirée en traversant le très joli parc national.

Ce soir nous dînons à Ellevoro et nous y dînons très bien, bien que trop copieusement (à part les deux desserts parfaitement oubliables que j’aurai réclamé à cor et à cri). Nous reprenons encore une fois une taramosalata ainsi que de l’aubergine fumée et à partir de ce soir-là, ces deux plats feront surface quasiment à tous nos repas. Je pense que plus de la moitié du temps passé à table pendant tout le voyage sera dédié à eux seuls, à leur dégustation, analyse et à la comparaison aux expériences précédentes. Sans vouloir gâcher le suspens, les meilleurs se trouvent dans un restaurant familial à Hydra. Je prends de l’agneau avec verdure (épinards presque toujours) et lui de la queue de bœuf, ou devrais-je dire, je mange un agneau et lui un bœuf, tellement les portions sont impressionnantes. Le vin est épais est saturé de soleil comme je l’aime.


Dans la rue

Le lendemain matin pour éviter le faux pas de la veille qui consistait à vouloir trouver à tout prix LA pâtisserie indiquée par notre guide, nous allons directement à Lotte. C’est un café-salon de thé dans la matinée et se transforme en bar le soir où on peut commander des snacks légers, des tartes salées et les accompagner d’un verre d’alcool de votre choix. Nous l’avions déjà remarqué le premier soir mais faute de courage, nous avons préféré notre lit à ses bancs accueillants. La salle est petite mais s’ouvre vers l’extérieur de sorte qu’une même compagnie peut être assise des deux côtés, séparée par une vitre qui s’ouvre vers le haut. La déco est fortement inspirée par Montmartre et l’atmosphère telle qu’on l’imagine dans les cafés parisiens entre deux guerres. Nous y dégustons un excellent portokalopita, un gâteau feuilleté à la pâte filo et au goût prononcé d’orange, une tuerie que depuis je rêve de recréer dans ma cuisine. Ne cherchez pas, vous n’en trouverez pas de meilleur, dixit la serveuse et j’ai envie de la croire.

La journée passe tranquillement au rythme de la flânerie. D’abord le stade panathénaïque qui a accueilli les premiers jeux olympiques modernes en 1896 et que nous visitons, il se trouve, le jour même où la flamme olympique sera transmise au comité d’organisation coréen. Le stade est rempli d’enfants en vêtements sportifs, on rate la cérémonie sans le savoir. Le temple de Zeus ensuite et la porte d’Hadrien que je suis particulièrement heureuse de trouver suite à ma lecture de ses mémoires par Marguerite Yourcenar. Ensuite le lycée d’Aristote dont il ne reste plus grand chose à part les fondations mais que nous sommes contents de visiter dans le plus grand respect philosophique et ensuite Kerameikos et son musée qui contient de magnifiques pièces de céramique et des statues de créatures mythologiques.


L’Olympiéion, Agios Eleftherios, Kermaikeios

Ce soir je suis décidée de boire un bon verre de vin avant le dîner. Nous nous installons dans un café qui, de loin, semble prometteur, pour changer d’avis à peine servis. La nuit est déjà tombée, on hésite, on ne connaît pas la ville, tout semble loin et près à la fois. Et puis il se souvient d’un bar à vin-enoteca aperçu en journée quelque part non loin d’une église. Dubitative, je le suis et surpris, à peine 15 minutes plus tard nous nous trouvons devant Heteroclito. Nous nous installons en terrasse, commandons deux verres de vin différents, organiques, tous les deux de Macédoine et tombons sous le charme de cet endroit.

Nous dînerons plus tard vers les Halles dans une boucherie-fromagerie Karamanlidika. On a compris enfin, les plats se partagent et c’est ce qu’on fait dorénavant. Encore une fois des mézé (leur taramosalata est encore plus fort et rustique que le premier, on n’est pas sûr de savoir laquelle on préfère, toutes sont bonnes), une salade de verdure (c’est-à-dire d’épinards comme précisé plus haut) et de fromage frais, des boulettes de poulet, du fromage et un dessert turc Künefe que je ne connaissais pas mais qui avait l’air suffisamment intriguant pour valoir ses 30 minutes d’attente. Comment le décrire ? Une galette sucrée, croustillante, farci au fromage fondu, servie chaude – étrange et bon à la fois, addictif. Un dessert maison nous est offert – du yaourt grecque (rien de surprenant jusqu’à là ) parsemé d’un drôle de fruit orange. Je penche pour le kaki-pomme, non, c’est un légume dit la serveuse. Courge ? Patate douce ? Eh non, la carotte, vous m’avez eu, je ne l’aurais jamais deviné.

Café Lotte

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