Au Pays basque

On connaissait bien évidemment son piment et son jambon. On savait qu’il y avait du foie gras dans le coin sans avoir véritablement fait le lien avec le Lot et le Périgord dans nos têtes. On savait aussi pour le fromage, les tapas ou plutôt les pintxos et la jolie architecture traditionnelle. Ce à quoi on n’avait pas véritablement été préparés je pense, c’est d’expérimenter tout cela ensemble, cumulé, dans un laps de temps aussi court qu’intense en émotions. 

Les vacances de Toussaint. Nous avons décidé de couper la poire en deux et partager la semaine entre la famille et la découverte d’une région dont nous rêvions depuis un certain temps. La famille, c’est-à-dire les parents de Guillaume, a déménagé printemps dernier à Pornic, une petite ville balnéaire du sud de la Bretagne bien que son appartenance à cette région géographique soit fortement contestée, je le sais. Très agréable, du moins hors saison, c’était notre deuxième séjour et nous sommes toujours autant charmés. La côte est absolument fabuleuse avec ses sentiers sinueux, les dispositifs de pêche brodés tout le long du littoral, les plages miniatures abritées dans des crêtes qu’on découvre soudainement en contrebas au détour d’une étroite montée rocheuse. Le vent y est fort, il décoiffe, et le soleil, quand il décide de se montrer, éblouissant. Un terrain d’un perpétuel défi d’ailleurs pour nous, les coureurs du dimanche et surtout du plat. Nous nous sommes offert un luxe que nous avons beaucoup de mal à nous refuser quand nous nous trouvons dans le coin – un dîner de fruits de mer et surtout de homards d’une fraîcheur inégalée puisqu’on les a choisis nous même le matin dans le grand aquarium de la poissonnerie du quartier. Le WE est passé en un clin d’œil, le moment est arrivé de faire de gros bisous à notre petite chérie, de lui dire d’être sage avec ses grands-parents et on met le cap sur Biarritz. 

En cette saison, s’attendre à n’avoir que du beau temps, même dans le Sud serait clairement utopiste mais nous avons néanmoins eu de la chance et notre toute première journée a été plutôt ensoleillée bien que battue par des vents forts. Munis de deux bouteilles d’eau et d’un appareil photo, nous en avons profité pour nous rendre au pied de la Rhûne avec comme objectif la montée à pied et la descente en petit train panoramique. D’après les guides il fallait prévoir à peu près deux heures et demie voire plus pour la montée et nous en avons rapidement compris la raison. C’est qu’elle est raide et assez longue sans pause aucune sur le premier kilomètre ou même deux. S’ensuit une partie relativement plate et le parcours se termine par une autre montée, pas forcément moins longue mais plus escarpée et du coup au moins pour moi plus facilement négociable. Epuisés, les joues rougies par les rafales de vent nous voilà enfin en haut. Une vue panoramique à tout point extraordinaire nous y attend. Vers le sud, l’Espagne et les majestueux sommets déjà (toujours ?) couverts de neige des Pyrénées, vers l’ouest l’océan, plus près des pâturages, des vallées, la forêt. 

Un incident malheureux a cependant marqué cette randonnée. Lors de l’ascension, nous avons croisé un couple de personnes déjà relativement âgées qui faisait la route dans le sens inverse. Une centaine de mètres nous séparaient encore alors que d’un coup la dame s’est mise à gesticuler et à appeler à l’aide. Son mari venait de glisser et tomber du haut d’un petit ponton dans le ruisseau qui traversait la vallée à cet endroit (les Trois sources, comme nous l’avons appris plus tard en essayant de nous localiser). Heureusement derrière nous arrivait un autre randonneur qui a pris les choses en main, a tiré le mari du ruisseau et lui a fait tout de suite un massage cardiaque. Pendant ce temps, nous avons appelé les secours et les avons guidés de notre mieux. D’autres personnes se sont arrêtées, y compris deux infirmiers qui heureusement avaient sur eux des couvertures thermiques et de quoi procurer les premiers soins. Nous ne connaissons pas la fin de cette histoire mais nous espérons de tout cœur qu’il a connu une fin heureuse. 

Le reste du séjour a été heureusement moins dramatique. Le lendemain, sous une pluie par moments fine, par moment drue, nous avons visité la ville de Bayonne ou nous avons fort mal déjeuné d’ailleurs. Sûrement à cause de mon impatience car d’un côté j’avais très faim et de l’autre, je n’avais pas envie de passer plusieurs heures à chercher l’endroit idéal car le mieux c’est l’ennemi du bien, n’est-ce pas ? Pas toujours. Pas de quoi se lamenter car nous nous sommes rattrapé le soir au restaurant étoilé de l’Atleier de Gaztelur. L’endroit est tout à fait magique, déjà un peu en dehors de Biarritz avec un grand jardin, des ateliers, une boutique d’antiquités si j’ai bien compris que nous avons malheureusement pas pu visiter car il faisait nuit mais cela nous a donné l’envie d’y retourner. La cuisine recherchée, avec une touche orientale (un nem, des perles du japon, du coco). Un foie gras sublime et un soufflé aux châtaignes à … vous couper le souffle, c’est le cas de le dire ! 

Nous avons adoré la visité de la très belle Saint-Jean-de-Luz avec sa promenade, son architecture typique rouge et blanc, son petit port. Et nous y avons fort bien mangé d’ailleurs, et complètement par hasard au petit restaurant très justement appelé Instincts. On est passés devant sans presque l’apercevoir puis on est retournés sur nos pas pour jeter un coup d’œil à la carte et au décor, bien sympathiques les deux au premier regard, et on a continué notre promenade. L’heure du déjeuner arrivée et échaudée par l’échec récent à Bayonne on a ouvert le guide pour partir à la recherche de conseils avisés, et puis non. L’Instinct. L’endroit est très sobre et (sûrement faussement) simple. Un seul homme dans la cuisine et son amie (collaboratrice ?) dans la salle. Des tables, pas nombreuses, des clients polis et pas bruyants pour un sou, une vaisselle tout en céramique, accessoires en bois et textile. Des plats raffinés, étonnants (le boudin en entrée juste exquis). Les fromages viennent des fermes avoisinantes ce qui est le cas pour la plupart des produits, je soupçonne. Et pour terminer, un dessert qui m’a replongée en moins de deux dans mon enfance – une pomme pochée servie avec de la glace et une crème au halva. A l’époque soviétique, on manquait à peu près de tout sans pour autant souffrir de faim ou de carences particulières, en partie grâce au potager de maman. Cependant, à peu près la seule sucrerie qu’on pouvait trouver absolument partout et à tout moment était le halva confectionné à base d’arachides ou de graines de tournesol. Après plus de trente ans, voilà que je retrouve ce goût longuement oublié dans mon assiette au bord de l’océan atlantique dans un petit restaurant gastronomique avec comme voisin de table Pierre Niney. La vie peut être sacrement drôle dès fois. 

Il faut que je vous parle encore de la promenade autour du village d’Espelette, tellement célèbre pour son piment. On est partis pour une autre journée de randonnée en comptant sur des éclaircies car le temps se montrait obstinément maussade depuis quelques jours. Sandwichs au jambon espagnol et au fromage local (mais au final, tout ce qui est basque est local) dans le sac à dos, les chaussures de randonnée dans le coffre de la voiture, nous partons d’abord faire un petit tour du village, appelé promenade des familles. Visites des fermes, de l’atelier du piment, petits sentiers tranquilles, dixit le guide. Trois heures plus tard, mes bottes montantes toutes neuves couvertes de boue jusqu’aux genoux nous déclarons enfin forfait et retournons dans le centre. On s’est sûrement trompés de chemin, on a dû prendre un mauvais tournant, peu importe. C’était une très belle expérience. Nous avons quand même vu l’atelier du piment, le petit champ, les séchoirs, les fours. Mais nous avons surtout vu ce pays basque vallonné et verdoyant, couvert de lierre et parcouru de joyeux petits ruisseaux que j’étais venue chercher. Dix fois au moins je suis tombée amoureuse d’une maison traditionnelle un peu écartée de grands chemins, dix fois au moins j’ai eu envie de m’installer (mais il paraît qu’une relation particulière règne dans ce pays entre les propriétaires et leur propriété, qu’en est-il vraiment aujourd’hui ?). 

Un autre coup de cœur, le très petit et très mignon village de Sare (gâteaux basque d’exception au comptoir de l’hôtel Arraya et la ferme de Ihitia). San Sebastian un soir pour participer à l’ambiance tapas. Les innombrables bars et restaurants de Biarritz centre, et notamment rue Gambetta (mention spéciale pour Puig & Taro – même à l’heure de pointe dans la cohue totale de clients affamés, ils prennent le temps de vous remarquer, de comprendre ce que vous voulez et de vous dénicher une petite table à l’intérieur alors que cela à tout l’air d’une mission impossible)  L’hôtel Saint Julien et ses propriétaires d’une gentillesse … (et quand en début de novembre on vous propose de ranger votre matériel de surf dans le réduit à l’arrière, ce n’est pas une blague !). Les magasins de déco avenue Victor Hugo et un peu partout – enfin, je suis en manque depuis notre déménagement bien que – Treimann à Tallinn, à conseiller fortement, mais c’est une autre histoire (de Noël). La villa Arnaga d’Edouard Rostand – un moment hors du temps fait pour la rêverie. 

Bref, nous avons adoré, nous avons envie d’y retourner, explorer plus, goûter, grimper, nous promener, nous laisser bercer par le roulement des vagues, prendre un cours de surf, courir au petit matin sur la plage, prendre un deuxième thé chez Miremeont. En famille cette fois-ci, pourquoi pas ? 

Corée du Sud, du 27 avril au 12 mai 2018

Séoul

Le trajet de l’aéroport jusqu’à la station centrale de Seoul se fit sans encombre. J’avais bien pris le soin de tout calculer méticuleusement avant le départ. Munis de nos bentos respectifs par ailleurs bien plus modérément relevés que les plats servis dans l’avion, nous nous sommes installés à la gare et avons attendu patiemment le départ de notre train qui devait nous amener vers le sud-ouest du pays à Jeoung-eup, dans la région de Jeollanam-do afin de nous rendre au temple de Baekyangsa voir la d’ores et déjà célèbre Jeong-Kwan et assister à ses cours de cuisine.

Baekyangsa

De Jeoung-eup un car devait nous amener jusqu’au temple pour le début de notre retraite mais nous avons réussi à le localiser bien trop tardivement pour espérer y être à l’heure. C’est en taxi que nous avons terminé ce premier bout de voyage ce qui finalement nous a plutôt bien réussi. Le chauffeur nous a très aimablement déposés au pied du temple alors que l’arrêt des cars se trouvait à quelque 40 minutes de marche à pied et n’a pas oublié de nous laisser sa carte de visite. Pour repartir, c’est évidemment à lui que nous avons fait appel ce qui nous a valu une petite visite des routes montagneuses avec moultes explications détaillées en coréen, traduites par une dame, en visite comme nous et rencontrée sur place, originaire de Corée.

Baekyangsa

La soirée a été tout à fait mémorable. Pour situer ce temple, imaginez un endroit isolé dans un pays fait de brume et de nuages, entouré de montagnes pas tellement hautes, luxuriant, l’air rempli des bruits de la nature et du chant des oiseaux. Un ruisseau, des bâtiments en bois fort joliment décorés et peints en couleurs vives. Du rouge, du vert, du bleu et des centaines de lanternes qui illuminaient le tout le soir venu pour célébrer le début de la belle saison.

Baekyangsa et Jeong-Kwan

Nous avons pu observer Jeong-Kwan en train d’expliquer les fondements de sa cuisine (mais finalement et surtout sa façon d’appréhender le monde), de sélectionner les feuilles et les légumes pour le repas du soir, de les préparer, laver, couper, frire… En coréen certes, l’interprète officiel ayant fait ses bagages la veille mais c’était malgré tout tout à fait charmant. Le point culminant de la soirée a été naturellement le repas, étonnant de fraîcheur de et saveurs méconnues de nous, composé d’une dizaine de plats différents. C’était bien sûr de la cuisine du temple, sans viande, cela va sans dire. Pour clore cette rencontre mémorable, une séance de médiation très puissante (je ne trouve pas d’autres termes pour la décrire car enfin cette activité n’a rien à voir avec une somnolence tranquille qu’on a tendance à associer au mot ‘méditer’) nous a été proposée et explicitée.

Baekyangsa et la pluie matinale

Les chambres étaient ce qu’il y a de plus simple, munies néanmoins d’une salle de bain privative, un luxe parfaitement inattendu et d’autant plus salutaire. On a dormi par terre sur une fine couverture (chose dérangeante pour certains d’entre nous) et on s’est réveillés tôt, très tôt pour s’imprégner des coutumes des lieux. Prière à 5h, suivie encore une fois d’une séance de méditation dans une salle ouverte à la nature et au soleil levant. Or, ce matin-là il pleuvait des cordes et le bruit des gouttes d’eau sur le toit, les feuilles, la terre en argile nous a entourés et nous a bercés alors que le petit matin pointait le bout de son nez.

Baekyangsa

Le petit-déjeuner composé de riz, de soupe, de légumes et de feuilles en tous genres a été pris dans une grande salle commune. Plus tard nous avons eu la possibilité d’assister à une séance de tai chi et nous nous sommes sentis impressionnés, perdus, inaptes mais pleins d’espoir et de pensées positives. Notre séjour au temple a été court, nous sommes repartis dans l’après-midi en direction de l’ancienne capitale du royaume de Silla – Gyeongju dans le sud-est du pays. En taxi donc jusqu’à Jeong-eup et de là en train d’abord à Osong et ensuite à Daegu. Pour plus de confort et de flexibilité nous avons opté pour une location de voiture à la gare KTX de Daegu et malgré quelques appréhensions nous n’avons rencontré aucune difficulté. Il faudrait cependant se munir d’une bonne dose de tolérance et de vigilance car la conduite en Corée du Sud est assez fantaisiste et les feux rouges ne correspondent pas forcément à ce qu’on pourrait croire.

Gyeongju

De Gyeongju je retiens surtout ces anciennes tombes royales qui forment un doux paysage de coupoles verdoyantes, les nombreuses jeunes filles et garçons habillés en vêtements traditionnels qu’on pouvait louer dans des échoppes spécialisées, une certaine difficulté à s’alimenter après 19h30 le soir et les fameux pains de Quongju impossible à rater.

Yangdong

Grâce à la voiture nous avons pu visiter plusieurs sites dans les alentours tel le village traditionnel de Yangdong qui avec Hahoe fait partie du patrimoine mondial de l’Unesco. Il n’a pas été évident de le dénicher et après avoir erré dans quelques hameaux agricoles tout ce qu’il y a de plus banals nous avons même failli faire demi-tour. Et puis heureusement non car Yangdong a été pour moi une des plus belles découvertes du voyage. En arrivant on pourrait croire qu’il s’agit d’un tout petit village qui se limite à son unique ruelle sinueuse laquelle se perd à peine une centaine de mètre plus loin dans les collines. Il n’en est rien car une fois arrivé en haut, une vue se dégage sur un autre bout de village et derrière le tournant encore sur un autre et un autre. Pendant deux heures nous nous sommes promenés dans ses rues anciennes bordés de murets relativement bas qui délimitaient les propriétés, nous avons admiré les formes élégantes des écoles confuciennes, nous nous sommes émerveillés de l’activité agricole toujours très présente. C’est la faim qui nous a finalement fait quitter les lieux et nous n’avons pas tout vu.

Gampo

Ce jour-là nous avons déjeuné dans une minuscule ville portuaire dont l’activité principale est la pêche. Gampo n’est certes pas l’endroit le plus pittoresque que vous puissiez trouver dans ce pays, ni le plus vivant, ni le plus moderne et si vous n’avez pas à le traverser pour une raison ou pour une autre, il est tout à fait dispensable d’y mettre le pied. Nous avions cependant suivi notre guide qui nous conseillait y déguster un plat de poisson cru et effectivement une ville de pêche semblait bien s’y prêter. Pour tout dire, le poisson s’est avéré délicieux, d’une fraîcheur incomparable (devant chaque restaurant, et il y en avait un certain nombre, se dressaient plusieurs aquariums remplis de poissons et de coquillages de toutes sortes et tailles) et servi avec générosité. Hélas, sur une table basse couverte d’un morceau de plastique et accompagné du hululement féroce du vent dans les conduits d’aération du local. En sortant, deux serveuses accoudées à la fenêtre nous accompagnaient d’un regard las et terne. Cela étant, ce petit bourg abrite une des meilleures pâtisseries qu’il nous a été donné de croiser (en jugeant par la qualité des mochis et des gâteaux au fromage frais du moins). Si vous la cherchez, elle se trouve dans une des rues sortant de la place du marché, on l’aperçoit de loin.

Bulguksa

A faire encore dans le coin et nous avons aimé. Visiter le temple de Bulguksa – imposant, joliment entretenu, les escaliers en pierre sont d’origine – chose rare car le pays entier semble avoir subi un pillage sans faille de la part des envahisseurs variés.

Le mont Namsan

Le mont Namsan et ses randonnées. Une excellente surprise. Malheureusement nous n’avions pas suffisamment de temps pour tout voir, pour grimper partout, pour envahir tous les sommets, découvrir tous les bouddhas cachés. De plus, notre équipement était plus que rudimentaire pour l’expédition à laquelle nous ne nous attendions pas (tennis aux pieds et une bouteille d’eau, pas de carte détaillée bien sûr) mais c’était un moment très agréable malgré tout. Et très calme, pour toute compagnie, nous avons croisé un moine dans le salon de thé en bas de la montagne (de façon très surprenant très moderne où on pouvait déguster un macha latte accompagné d’une part de tiramisu comme si de rien n’était) et un autre randonneur au début de notre ascension qui lui descendait déjà.

Le célèbre pain de Gyeongju – il y en a deux différents en réalité, farcis à la pâte de haricots rouges. A manger sans tarder, chaud même, ça ne se conserve que quelques 3 ou 4 jours, un peu plus au frigidaire. De toute façon, impossible de les rater, il y a des points de ventes à chaque coin de rue.

Un plat de poulet à déguster sur le marché d’Andong dans une des innombrables échoppes spécialisés. Très savoureux et copieux, la plus petite portion nourrit amplement 4 personnes et reste plus qu’abordable. Il s’agit bien des étals sur le marché et de ce fait il ne faut pas s’attendre à trop de chichi.

Hahoe

Hahoe – l’autre village folklorique et toujours habité. Niché à une bonne demie heure de route de Andong et isolé, c’est un petit village très paisible et joliment restauré mais ô combien touristique. Nous y avons loué une maison à toit de chaume traditionnelle pour la nuit. La barrière de la langue n’aidant pas et malgré mes demandes répétées je n’ai pas réussi à obtenir un dîner sur place et ce soir-là encore nous avons trompé notre faim avec des chips aux crevettes et autres cacahouètes (y compris de la pâtisserie française venant directement de chez Mammoth d’Andong). Le matin en revanche nous avons pu pleinement profiter d’un petit-déjeuner occidental, très bon et servi en terrasse privative, seul le va-et-vient effréné des hirondelles ayant choisi de faire leurs nids dans les toits pour nous distraire.

Ici je dois quand même préciser que dans les plus petites villes et villages et cela malgré certaines précautions et une détermination sans faille, nous avons dû nous avouer vaincus à plusieurs reprises et avons fini par commander une pizza (très à la mode) ou par dévaliser le premier magasin ouvert 24h sur 24 pour pouvoir manger quoi que ce soit en guise de dîner. Les restaurants ferment souvent à 19h30 voire plus tôt en réalité. Certains sont fermés les lundis, certains les mardis. Enfin, il faut se renseigner au mieux et accepter de manger tôt ce qui n’est pas tellement un problème car il y a le décalage horaire et de toute façon, il fait nuit de bonne heure.

Palais royal à Séoul

Nous voilà déjà à Seoul où nous avons passé les deux derniers jours de notre voyage. C’est une très grande ville. Sans blague. En contraste absolu avec le calme des temples et la pauvreté de certaines régions du sud, pour le reste du pays je ne sais pas. Nous avons fait l’erreur d’essayer d’y circuler en taxi, ce fut un calvaire, la circulation est extrêmement intense. Il vaut mieux tenter le métro, notre expérience a été plus que concluante, le métro étant bien plus rapide et facilement domptable.

Dahmsojung – notre hanoi

Cette fois-ci encore j’avais choisi de dormir dans un hanok traditionnel dans ce qu’on pourrait sans trop se tromper il me semble appeler la vieille ville de Seoul à Bukchon Hanok. Nous avons été accueillis très chaleureusement par les propriétaires de Dahmsojung et le séjour y a été des plus agréable. C’est un hanok superbe, décoré avec beaucoup de goût, dans un quartier historique qui regorge de cafés et de restaurants, de boutiques et de musées. Je n’aurais pas pu mieux tomber. D’ailleurs, une des plus grandes attractions touristiques de la ville, le palais royal, se trouve à peine à 15 minutes à pied. Le palais, bien que reconstruit est tout simplement splendide. Envahi par les touristes évidemment mais si vous avez un peu de courage et vous vous aventurez dans les coins un peu plus reculés du parc, vous aurez sûrement la chance d’y découvrir de très beaux bâtiments sans croiser âme qui vive.

Barbecue à deux endroits différents

A Séoul nous avons enfin pu profiter pleinement du barbecue coréen tant vanté qu’on déguste ici en buvant de la bière ou du soju ou de la bière mélangéz au soju. A Mapple Tree House de Samcheong notre voisin de table nous a d’ailleurs offert une démonstration éclatante du comment s’y prendre. Vous vous servez un demi verre de bière, vous y ajoutez ce qu’il faut de soju (ce n’est pas très fort, vous pouvez y aller). Ensuite vous prenez une de vos baguettes métalliques, vous le plantez droit dans votre verre et vous le maintenez fermement (très important, sinon vous risquez de faire valser votre breuvage et d’arroser vos voisins… spectacle compris dans la démonstration) d’une main. Avec l’autre, vous attrapez la seconde baguette et vous la frappez d’un coup sec contre la première. Miracle, des bulles apparaissent dans le verre et la boisson se met à mousser agréablement. Aussi simple que cela.

Salon de thé au palais royal

Enfin, vous apprécierez la gentillesse des Coréens et serez quelque peu étonnés par le sérieux qu’ils conservent en toute occasion. La profusion de feuilles vertes servies à tous les repas vous enthousiasmera, vous en laisserez la moitié d’abord, et la totalité à la fin. L’application profonde des jeunes gens de Gangnam quand ils vous préparent votre espresso vous laissera pantois et vous serez prêts à jurer que c’est le meilleur café, Italie confondue, que vous ayez jamais dégusté. Vous auriez envie de dire que c’est aussi kawai que le Japon et aussi bruyant que la Chine sans peut-être connaître ni l’un ni l’autre et vous vous retiendrez car cela ne ferait que relever au monde entier vos propres limites. Si malgré toutes les merveilles orientales une vague de nostalgie vous frappait de plein fouet vous n’auriez qu’à faire halte à la première boulangerie où vous trouveriez entre autres curiosités tout ce qu’il faut pour vous faire oublier les milliers de kilomètres qui vous séparent de votre douce maison – il faut dire que les Coréens nourrissent une véritable passion pour la pâtisserie occidentale, peut-être à un degré encore plus élevé que les japonais si pour terminer ce récit j’osais cette comparaison.

La vieille ville à Séoul

Grèce II – l’île d’Hydra

Le lendemain matin nous partons à l’aube au port du Pirée bien que le départ de notre brave Flying Dolphin ne soit pas prévu avant 9h30. Une fois n’est coutume, nous préférons jouer la carte de la précaution, prendre en compte les avertissements de notre très bavard et assez malheureux chauffeur de la veille selon qui le matin, c’est de la folie pure dans les rues athéniennes.  Ainsi nous partons avec une heure et demie d’avance pour nous rendre compte qu’il fallait à peine 15 minutes pour couvrir le trajet entre l’appartement et le port. Nous n’avons d’autre choix que de faire passer le temps. Après un court moment d’hésitation et de regards échangés, on s’installe dans le seul et unique café ouvert et commandons nos pitas aux épinards et au chocolat, bien grasses et paradoxalement réconfortants. Les pitas, mais finalement l’ambiance intemporelle du café ainsi que ses habitués me rappellent vaguement une autre époque, celle de mon enfance, les pirochki dégoulinant de graisse, une décor vieillot déjà à l’époque, la peinture écaillée, les papys moustachus aux pantalons difformes.


Alors, quoi qu’on vous dise sur le confort et la stabilité du Flying Doplhin, ne vous y fiez pas. Il tangue à la vue de la moindre vague, se cabre, s’immerge jusqu’aux hublots dès que l’occasion se présente et émet une odeur de mazout absolument étouffante. Ce n’est que hasard et miracle si nous ayons pu accoster sains et saufs au port d’Hydra après 90 minutes de terreur et de prières pour ma part et de calme (feint, j’en suis certaine) légèrement moqueur pour lui.

Nous débarquons donc sur cette île mystérieuse où nulle voiture ne roulera et l’unique moyen de se faire transporter sera à dos d’ânes (ou de mules, la question restera ouverte). Nous préférons à pied surtout que le descriptif de l’hôtel me permet de croire qu’il se trouve à 200 mètres du port. Un coup d’œil sur la carte et nous nous enfonçons dans l’indescriptible réseau de venelles et d’escaliers, accompagnés du doux bruit de nos valises de 20 kilos roulant sur les pavés. On monte, on descend, on esquive quelques crottes (car oui, qui dit ânes, ou mules… même si c’est très propre), on perd l’espoir, on vérifie. En repartant plus tard en ville pour dîner nous découvrirons évidemment qu’une rue large de 5 mètres rejoint directement l’hôtel à partir du port, aucun escalier, à peine deux crottes.

Iannis, un jeune homme dynamique et plein à craquer d’un rire retentissant nous attend et nous explique tout ce qu’il faut savoir. Surtout que c’est un ancien manoir qui appartient à la même famille depuis 1810 (on émet tous les deux un petit bruit admiratif et sincère), qu’il a été transformé en hôtel en 2013 par deux frères qui vivent à Athènes et dont un est professeur et l’autre médecin. Il nous sert des cerises aigres, faites maison par la maman. Ni mes compliments ni mes supplications n’y changent rien, pas de vente de cette petite merveille ni de recette.

L’ensemble est très chic, rempli d’antiquités, moderne là où il faut c’est-à-dire côté salle de bain où je suis particulièrement ravie de découvrir toute une gamme de produits Korres, une marque de cosmétiques organiques grecque dont m’a parlé ma copine Ülle avant le départ comme d’un must. L’hôtel est doté de deux terrasses, l’une orientée vers la ville mais nous ne profiterons malheureusement pas de celle-ci car les soirées sont malgré la latitude fraîches en ce début novembre, et d’une autre qui s’ouvre sur les cours intérieures et les collines les surplombant où nous prendrons par la suite tous nos petits-déjeuners. Pas de surprise, ces derniers seront riches et savoureux et les cerises aigres (plutôt sucrées enfin de compte) seront de la partie pour mon grand plaisir pour accompagner un bol de yaourt.

 

Que faire sur cette île habitée par les ânes (ou les mules) et les chats et où les rues sont bordées d’orangers croulant sous les fruits ? Oui, les orangers m’impressionnent toujours autant bien que je sois au courant depuis mon tout premier voyage en Espagne il y une dizaine d’années. Pour une fille du nord ça restera toujours le summum de l’exotisme, ainsi que les pêchers dans les vergers en France et les grenades (les fruits, pour qu’il n’y ait pas de quiproquo) qui s’explosent au sommet des arbres. Nous y passerons trois jours et malgré le relativement peu d’activité n’aurons pas le temps de nous’ennuyer.. Un autre rythme de vie s’impose à nous tout naturellement. Plus lent, plus dolent, plus rêveur. J’en oublie même de vérifier mon compte Instagram, mon courriel, mon emploi du temps des semaines à venir.

Iannis nous a tout gentiment prodigué des conseils sur les promenades à effectuer et les quelques rares restaurants encore ouverts en cette arrière-saison. C’est en nous fiant à lui que nous prendrons notre tout premier déjeuner insulaire dans une taverne familiale, Paradosiako, la même qui après de nombreux tests s’avèrera avoir la meilleure taramosalata et la meilleure aubergine fumée de la Grèce (talonnée de près par celle de ManiMani mais j’y reviendrai). Crevés par nos aventures matinales et par les repas sûrement plus riches que ce dont nous avons l’habitude, nous décidons de retourner à l’hôtel pour lire et nous reposer. En route nous passerons par la fameuse fabrique artisanale de gâteaux aux amandes Tsangaris (depuis 1930) que nous ne manquerons pas de goûter. Il faut dire que je trouve leurs baklavas également excellents au point où je me vois contrainte d’y retourner chaque après-midi. Douillettement installés dans notre lit et munis chacun d’un livre (moi en l’occurrence du dernier tome des aventures du pharmacien Meclhior par Indrek Hargla) nous finissons par nous endormir pour ne se réveiller qu’à l’heure de l’apéritif.

Au cours de ces trois jours nous aurons l’occasion de tester presque tous les restaurants et tavernes encore ouverts. J’en garderai deux finalement. Le tout premier car… taramosalata et aubergine fumée et Kodylenia’s que nous découvrirons le deuxième jour au cours de notre promenade côtière (le sentier à droite en sortant de la ville). Le restaurant se situe à peine à une quinzaine de minutes du port et peut se vanter d’une magnifique terrasse avec vue sur le petit port de pêche . Ce jour-là il fait très beau. Bien abrités du vent, nous laissons tomber nos vestes et gilets et profitons pleinement de toute cette vitamine D offerte gracieusement par la météo hellénique. Nous y prenons comme d’habitude de la taramosalata, une salade verte et du poisson grillé (pêche du jour) accompagnés d’un pichet de vin blanc frais et fruité servi selon la coutume dans un gobelet en métal couleur cuivre. Un moment paradisiaque pour ceux qui ont déjà connu la première neige à la maison.

Lors de notre séjour nous ferons une autre promenade, un peu plus sportive celle-ci. En faisant confiance à Iannis, sur ce qu’on imagine être un sentier de randonnée et qui devrait au bout de 4 km et quelques 550 m de dénivelé positif nous amener voir un monastère. Malgré les indications, nous nous perdons rapidement à l’orée de la ville. Plus de chemin, plus de sentier, un vieux fermier avec son cheval passe et son chien aboie de méfiance en nous voyant. Nous tentons un passage à travers les collines et la végétation rêche pour nous rendre compte de l’impossibilité de localiser notre destination en se fiant uniquement a une vague idée de l’endroit où celle-ci pourrait se trouver (les fils électriques convergent bien par-là, non ?). Nous revenons sur nos pas, examinons la dernière flèche et ses alentours et débouchons finalement sur un semblant de sentier qui nous permet de rejoindre le joli chemin pavé et menant au monastère. Evidemment, le vrai chemin passait juste à côté, derrière la petite église, nous le voyons bien au retour.

Peu de promeneurs, nous profitons du calme et de vues superbes sur la ville d’Ydra et sur le port. La montée n’est pas particulièrement difficile, ombragée par des pins majestueux mais malgré tout nous transpirons tous les deux en arrivant devant le portail. A l’intérieur des murs blancs et pas âme qui vive, le soleil brille, nos voix résonnent dans la cour dépouillée. Un prêtre passe plus tard avec des mules, il les abreuve, les nettoie surement. En sortant je laisse un billet dans la caisse pour les travaux de rénovation contre un sachet de tisane aux boutons de rose sauvage.

Le déluge s’abat sur nous le matin de notre départ. Sous un ciel couvert nous profitons des derniers moments pour prendre quelques photos et faire des achats. Les premières gouttes tombent et très rapidement la ville se transforme en terrain de jeu pour les torrents d’eau en provenance des montagnes. Les rues sont impraticables, l’eau arrive à la cheville et bientôt plus haut. Je vois un gentleman enlever ses chaussures en cuir pour tenter une traversée, nos propres tennis sont déjà irréversiblement trempés. Le vent se lève, je crains de monter au bord du Flying Dolphin mais une fois installée, je m’endors immédiatement et je ne me réveille que de retour à Athènes.

Nous nous offrons une dernière soirée gourmande à commencer par un passage à Heteroclito suivi d’un dîner à ManiMani. Il avait réservé la table et en effet, le restaurant est complet ce samedi soir, à peine une table se libère qu’elle est immédiatement dressée et presque aussitôt investie par de nouveaux clients. Nous ne résistons évidemment pas à l’appel d’une dernière taramosalata en guise d’entrée et nous faisons bien car ici elle est vraiment excellente, plus fine que sur Hydra, plus parfumée. La présentation des plats est soignée, pleine de couleurs, graphique. Mon filet mignon me plait bien mais son canard davantage, il partage cet avis. La viande est tendre, parfumée, riche, une explosion de textures et d’arômes. Et les desserts, décadents, suaves, doux, ils nous donnent l’envie de nous plonger dedans. Nous sortons repus et satisfaits, déterminés à revenir.